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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/563

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Il n’est pas invraisemblable que ces institutions se répandent davantage. Elles serviront à la partie laborieuse, réfléchie, persévérante, de la classe des artisans, des ouvriers, des petits commerçans ou industriels et des modestes cultivateurs. Il n’y a, certes, dans ces organisations, aucun principe nouveau ; rien qui se ressente de ce que l’on appelle le socialisme. Pour arriver à un véritable épanouissement, ces associations doivent appliquer les principes économiques, comme l’a fait Schulze-Delitzsch ; on peut les tempérer par un alliage d’esprit chrétien et charitable, ainsi que l’a fait Raiffeisen. Mais alors l’œuvre est moins susceptible d’expansion, elle est plus limitée dans son objet et dans son efficacité, et elle a des chances d’être plus précaire.

Les associations coopératives de crédit, comme toutes les sociétés coopératives d’ailleurs, ou bien reposent simplement sur la bienveillance, sur des sentimens exceptionnellement charitables, sur le dévouement de quelques fondateurs d’élite : dans ce cas leur développement est restreint ; alors même qu’elles pulluleraient comme nombre, elles n’arrivent qu’à, un chiffre d’opérations limité ; ou bien ces sociétés, comme celles de Schulze-Delitzsch s’inspirent des règles économiques strictes : alors, par une évolution naturelle, elles arrivent, avec le temps, à n’être plus guère que des banques ordinaires par actions, ayant une clientèle spéciale qu’elles tendent à abandonner peu à peu pour la clientèle habituelle des maisons de banque.

Les sociétés coopératives ne paraissent, en effet, devoir être, dans le présent et dans l’avenir, comme elles l’ont été incontestablement dans le lointain passé, qu’un organisme de transition, destiné à faire émerger les hommes les plus actifs, les plus laborieux et les plus prévoyans ; une fois qu’elles ont constitué un noyau de ce genre, le procédé de sélection continue et s’accentue pendant un certain temps jusqu’à ce que le caractère coopératif, avec le succès croissant, finisse par disparaître.


II. — LES SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DE PRODUCTION.

La formule contenue dans le paragraphe précédent est d’une importance capitale. Elle trouve surtout Sa démonstration saisissante dans l’histoire des sociétés coopératives de production.

La société de production constitue le couronnement de l’édifice coopératif. Comprenant les difficultés qu’elle rencontre, les chances nombreuses non seulement d’échec, mais de dégénérescence en cas de succès, un des apôtres les plus croyans de la coopération, M. Gide, montre, cependant, quelque défiance et presque quelque hostilité à leur endroit. « L’association de