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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/552

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direction, qu’au grand nombre de petits artisans qui existaient en Allemagne de 1850 à 1880 notamment, à l’instruction très répandue parmi eux, à leurs propres qualités morales et intellectuelles.

Si les associations et le système de Schulze-Delitzsch s’inspirent des principes économiques les plus purs, tout en tenant un grand compte des qualités morales, diverses autres organisations coopératives très répandues n’émanent que de sentimens chrétiens, charitables et philanthropiques.

Tel est le cas, par exemple, des banques Raiffeisen en Allemagne. Né en 1818 dans la Prusse Rhénane, fils d’un bourgmestre et devenu lui-même bourgmestre de carrière [1] dans la même région, animé d’une grande foi chrétienne, Frédéric Raiffeisen, frappé de la détresse des petits paysans propriétaires en temps de crise, eut l’idée d’y obvier par l’association et le crédit mutuel. Après de pénibles débuts et nombre d’insuccès partiels, il parvint, en 1849, presque à la même époque où Schulze-Delitzsch commençait son œuvre, à grouper une soixantaine d’habitans aisés de Flammersfeld, bourg d’une certaine importance de son district ; il donna à ce groupement le titre suivant, assez significatif de son esprit et de son but : « Société d’assistance de Flammersfeld pour le soutien des cultivateurs pauvres [2]. » Ainsi, dès le début, l’idée charitable apparaît comme la base des institutions Raiffeisen. La famine de 1846-47 lui avait suggéré cette fondation ; la pratique de l’usure de la part des juifs dans les cantons ruraux (et parmi ces juifs il y avait quelques chrétiens) contribua aussi à l’engager dans cette voie. Raiffeisen était parvenu à emprunter deux mille thalers, 7500 francs, pour mettre à flot cette première banque, qui n’avait pas de capital propre.

La société de crédit rural qu’il avait en vue reposait uniquement sur le crédit personnel : point de capital versé, point de cotisations ; les membres de l’association, car le mot d’actionnaire semble ici ne pas convenir, s’engageaient seulement d’une façon illimitée à payer solidairement les dettes de la société. Celle-ci empruntait au plus bas taux possible, grâce à cette garantie, et prêtait à son tour aux membres avec un très faible écart d’intérêt relativement au taux de ses emprunts ; les bénéfices constituaient une réserve, ce qui augmentait le crédit de la banque et permettait d’étendre les prêts.

Cette organisation embryonnaire mit du temps à se développer.

  1. On appelle bourgmestre (maire de carrière des fonctionnaires qui, moyennant traitement, se chargent d’administrer une ville où ils n’ont souvent aucun intérêt personnel. M. Miquel, aujourd’hui ministre des Finances de Prusse, fut un de ces bourgmestres de carrière et administra à ce titre la ville de Francfort.
  2. People’s Banks, page 71.