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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/487

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Vous roulez sur une grande route : les arbres qui la bordent défilent et s’effacent rapidement. Derrière eux, plus lentement, mais encore assez vite, ondule le rideau des collines prochaines. Enfin les montagnes qui ferment l’horizon semblent presque immobiles, et c’est à la fin du jour seulement que vous aurez dépassé ce profil lointain ou contemplé ce mont sous une autre face.

Il en est ainsi dans la vie des nations. Ce qui passe vite, ce sont les petits faits quotidiens, les accidens de la route ; ce sont les générations des hommes qui, selon le mot de Bossuet, se poussent successivement comme les flots. Un peu au-dessus, mais pas très loin, on aperçoit les formes ondoyantes des partis et ces mouvemens de la fortune publique qui tantôt s’abaissent, tantôt se relèvent brusquement. Enfin, tout au fond, se dressent, comme des arêtes plus fermes, ces intérêts permanens des peuples dont les lignes se perdent dans la brume du passé : frontières péniblement acquises, traditions lentement formées. Que le pays subisse le gouvernement d’un seul, de plusieurs ou de tous, qu’il