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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/283

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I





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I. — EN MER


À bord du Saghalien. Fin décembre 1893.


Ex Oriente lux ! Qui donc le premier a prononcé cette parole évocatrice d’aurores et de pensées ? Est-ce Joachim de Flore, le visionnaire du xiie siècle, à la lecture de l’évangile de saint Jean, en son couvent de la Calabre ? Est-ce le kabbaliste Raymond Lulle, penché sur le texte hébreu du Sohar, en sa retraite de l’île Majorque ? Est-ce Pic de la Mirandole, devant un manuscrit d’Homère ou de Platon, sur les collines sereines de Florence ? Quand a-t-il jailli, ce cri qui sonne comme un appel de croisés, de pèlerins ou de rois mages ? Vient-il d’un héros, d’un sage ou d’un fou ? En vérité, je n’en sais rien. Mais involontairement je le répète, moi aussi, cependant que les trois phares électriques du port de Marseille, le vert, le rouge, et le blanc, tournent et pâlissent dans le crépuscule. Encore une vision fugitive de la haute colline de Notre-Dame-de-la-Garde, de l’île et du château d’If, bientôt ce reste de France s’est noyé dans la brume de décembre. Le cœur se serre un moment. Une bise aigre siffle sur le pont ; le navire tangue et roule majestueusement au large. Nous voici en pleine mer ; tout le monde descend