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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/241

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il saura respecter la volonté du pays. Dans le courant de ce mois il s’est efforcé, pour avoir raison de l’escadre insurgée, d’improviser une contre-escadre, dont les navires ont été recrutés çà et là en Europe et en Amérique. Ces préparatifs ne paraissent pas avoir jusqu’ici beaucoup intimidé l’amiral de Mello, dont les partisans ont remporté, sur la côte, des succès partiels, et ont même établi à Desterro une sorte de gouvernement provisoire.

Le chef des révolutionnaires d’aujourd’hui, qui sont peut-être l’État régulier de demain, affirme qu’il n’est pas personnellement candidat à la présidence de la République, mais qu’il favorisera, suivant le vœu d’une grande partie de la nation, l’avènement d’un président civil ; le personnage éventuellement désigné pour ce poste serait, dit-on, M. Prudente de Moraze, président actuel du Sénat.

Il va de soi que ces troubles, dont on ne peut prévoir l’issue, n’ont pas été sans jeter une grave perturbation dans les affaires publiques et privées du Brésil, qui déjà était aux prises avec de lourdes difficultés financières. Le déficit du budget de 1894 y atteindra un chiffre considérable. Les dépenses de la guerre du Rio-Grande atteindront 125 millions en 1893, et la perte de change, pour les paiemens à faire par le Brésil à l’étranger, peut être évaluée à 150 millions. Une pareille situation est de nature à confirmer les esprits impartiaux dans cette opinion que les Brésiliens, en renversant l’empereur don Pedro, ont perdu peut-être la meilleure des Républiques.

On ne saurait néanmoins désespérer de leur situation si l’on songe à la puissance de vitalité que renferment ces pays neufs, où les richesses naturelles abondent et sont, pour ainsi dire, à fleur de terre. Ce ressort, cette facilité de relèvement, permettront sans doute à l’Australie, qui, elle, n’a pas eu à subir de bouleversemens politiques, mais a été affligée ce printemps par de terribles ruines privées, de se remettre assez vite de la secousse qu’elle a éprouvée. L’Australie n’avait jusqu’en 1820 aucune monnaie ; elle vivait sous le régime du troc en marchandises, comme faisait il y a deux cents ans l’Amérique du Nord, où l’on se servait, pour les paiemens, de la livre de tabac, tarifée trois shellings. — 150 jeunes filles importées d’Angleterre étaient, en ce temps, cédées aux colons de Virginie désireux de se marier, moyennant 108 livres de tabac chacune. — Depuis 1820, l’essor de cette colonie a été tel qu’au mois de mai dernier, huit des principales banques, tombant en faillite, se trouvaient débitrices de près de deux milliards et demi de francs, dont plus d’un milliard de dépôts en espèces.

La crise qui s’est produite est imputable à la fois à l’État et aux particuliers. Cette portion du programme socialiste, qui consiste à acquérir, par les moyens légaux, le pouvoir législatif, et à faire alors des lois pour appliquer le système du parti, a reçu en Australie un commencement d’exécution. Au lieu d’être le gardien vigilant de la