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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/219

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M. AUGUSTE STRINDBERG



ET



LA CONFESSION D’UN FOU




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« Pour tous ceux d’entre nous qui désirent respirer à l’aise, écrivait dernièrement un Suédois, M. Ola Hansson, il est difficile de rester chez eux : la nostalgie de l’étranger s’impose à nous tous. Moi-même je vis depuis cinq ans en exil, et je suis forcé d’écrire en langue étrangère. Et l’exil était plus grand encore lorsque j’étais chez moi. » La nouvelle littérature Scandinave n’a rien de national : c’est, comme le dit M. Hansson, une littérature d’exilés. Les idées dont elle se nourrit n’ont pas crû sur le sol de la Scandinavie : elles ont été importées d’Angleterre, d’Allemagne, de France. Les écrivains qui, répudiant les vieilles croyances, s’étaient passionnés pour les théories de Darwin ou de Spencer, de Haeckel, de Nietzsche ou de Taine, s’aperçurent bientôt que les dogmes modernes ne pouvaient s’accorder avec les traditions, les mœurs, les institutions de leur pays et ne seraient jamais pour la foule que des folies dangereuses. Cependant les plus braves ne désespéraient pas de propager autour d’eux le nouvel évangile ; ils ne tardèrent pas à revenir de leur illusion. Les uns s’en allèrent, et il leur en coûta, car ils aimaient leur pays ; ceux qui n’eurent pas le courage de le quitter se résignèrent à vivre en quarantaine. Comment s’étonner que la nouvelle littérature scandinave soit triste ? Les exilés et les solitaires sont rarement gais.

Le plus célèbre des écrivains suédois contemporains, M. Auguste Strindberg, est aussi celui qui s’est fait le plus d’ennemis parmi ses compatriotes. Cet homme de grand talent, qui a écrit des drames, des nouvelles, des romans, des poèmes, des satires, n’a jamais su commander à sa plume ni ménager les gens qui ne lui plaisaient pas ; et on