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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/138

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LES LENDEMAINS PREMIERE PARTIE I — Alors, insista Raoul de Prémont, vous avez retiré Lucie du couvent? M’^^de Roncey demeura les yeux baissés, la face grave, d’une im- mobilité un peu rigide. Puis, d’une voix sans inflexions : — Il n’y a rien là, dit-elle, qui vous doive surprendre. Elle a dix-sept ans; et vous savez que mon intention a toujours été de... La phrase se traînait péniblement. Elle ne s’acheva pas. — Oui, laissa tomber Raoul, vous me l’aviez dit; mais je ne le croyais pas. Il reprit, plus bas encore, avec un petit tremblement : — Ainsi je ne vous verrai plus? Elle leva ses grands yeux, étonnés et tristes : — Pourquoi donc? Qu’y aura-t-il de changé? Raoul eut un geste violent, comme devant une ironie cruelle. Il se leva, alla regarder à travers les vitres, sans répondre. Rien de changé! Certes, il savait depuis longtemps que la jeune femme était résolue à ne se point remarier; il savait que, malgré la pro- fonde afTection qu’elle lui portait, peut-être même à cause de cette affection, jamais elle ne consentirait, à trente-cinq ans, à l’épou- ser, lui, plus jeune de dix années. Mais s’il avait dû renoncer à ce rêve, si toutes ses révoltes s’étaient brisées contre un caprice qu’il ne pouvait comprendre, du moins il avait gardé au fond de soi- même la confuse espérance qu’une crise de tendresse ou de pas- sion la jetât quelque jour dans ses bras, brisée, lasse de la lutte. Déjà, à plusieurs reprises, lors des arrivées de Lucie pour les