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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/886

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évaluations certainement intéressées les portent à 1,800 millions ; quand bien même ces pertes ne dépasseraient pas un milliard, c’est-à-dire qu’en moyenne, chacun de nos 10 millions d’hectares de culture fourragère n’aurait perdu que 100 francs, on voit quelle disproportion il existe entre la somme allouée et le dommage ressenti.

Une répartition équitable est évidemment difficile ; partager également entre toutes les cultures fourragères, tellement que le propriétaire d’un hectare de prairie recevrait 50 centimes, est dérisoire ; les pertes sont bien loin d’être égales dans tous les départemens, et l’administration de l’agriculture, laissant de côté les départemens peu ou point atteints, concentrera ses secours sur ceux qui ont le plus souffert.

Quelque minimes que soient les sommes distribuées, elles pourront être d’un grand secours si elles sont judicieusement employées, si, comme cela aura lieu certainement dans quelques-uns de nos départemens de l’Est, elles donnent un nouvel élan aux associations de producteurs, qui commencent à fonctionner, comme celles qui ont été créées avec tant de succès en Allemagne par Schulze-Delitsch. On sait que, sous l’impulsion de ce bon citoyen, des voisins, connaissant leurs habitudes laborieuses et bien réglées, s’engagent solidairement les uns vis-à-vis des autres et forment ainsi de petites sociétés capables d’obtenir un crédit suffisant pour acquérir les matières premières à transformer.

Elles n’empruntent que pour produire, pour obtenir une plus-value de l’objet acheté avec l’argent emprunté, jamais pour mieux vivre, et leurs affaires prospèrent. Ces sortes d’associations existent chez nous : dans la Nièvre notamment, des engraisseurs de bétail associés ont su inspirer à la Banque de France une confiance telle, qu’elle escompte leur papier. Nos syndicats agricoles, qui ont pris depuis quelques années un si prodigieux accroissement, peuvent s’élever à ces associations financières et créer sans bruit, sans tapage, sans être la proie des brasseurs d’affaires, ce crédit agricole, sans cesse réclamé et jamais obtenu.

Dans quelques-uns de nos départemens de l’est, il a été décidé que les sommes versées par l’État pour indemniser les victimes de la disette de fourrages, augmentées de celles qu’ont votées les conseils-généraux, seraient employées à servir les intérêts d’un emprunt destiné à acheter les denrées alimentaires qui font défaut. On conçoit, en effet, que toutes les conditions nécessaires à un emprunt soient réunies ; le petit propriétaire emprunteur a un gage, son bétail, mais il n’a pas l’argent nécessaire pour acheter de quoi le nourrir. Il doit emprunter.., est-il solvable ? Ses amis, ses voisins,