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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/877

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parcouru un ciel sans nuage ; les cultures dérobées ont manqué dans nombre de départemens ; à l’ouest, les choux fourragers ont levé, les sarrasins également, mais n’ont pas tardé à souffrir ; les raves, qui avaient été semées avec profusion, ont commencé à se montrer, puis se sont desséchées ; la vesce a levé, mais les champs où elle a persisté sont très clairs, et bien que la fin de septembre ait été humide, la saison était déjà trop avancée pour que les très grands efforts auxquels, sous l’énergique impulsion des professeurs départementaux, s’est livrée la culture, aient été récompensés comme il aurait fallu.

Examinons donc quelles sont les ressources que nous possédons pour nourrir le bétail jusqu’en hiver. Tout d’abord, nous allons être contraint, dans nombre d’exploitations particulièrement atteintes par la sécheresse, d’utiliser à l’alimentation des animaux de la ferme les faibles quantités de paille recueillies ; nous remplacerons cette paille par de la sciure de bois dans les pays où elle abonde, par des fougères, des bruyères, des feuilles mortes, par de la tourbe, au besoin même par de la terre sèche. Certainement notre fumier n’aura pas la qualité de celui qu’on obtient dans les années normales, quand on recueille les déjections des animaux sur de la paille, et qu’on soumet la masse à une fermentation régulière, mais les conditions exceptionnelles que nous traversons exigent impérieusement ce sacrifice.

Que pouvons-nous ajouter aux faibles quantités de foin recueillies, de paille économisées sur les litières ? — Dans la région du nord-est, où la betterave couvre de larges espaces, nous aurons, en proportions, hélas ! restreintes, des pulpes… On sait qu’aujourd’hui on extrait le sucre, en découpant les racines en fragmens qui sont soumis à des lavages méthodiques dans des appareils désignés sous le nom de diffuseurs ; les résidus de ce lavage, les pulpes dépouillées du sucre, sont, ainsi qu’il a été dit, employées à la nourriture du bétail ; elles répandent une odeur très forte, mais qui ne répugne pas aux animaux. Les cultivateurs qui apportent des betteraves aux sucreries emportent en retour des pulpes qui sont amoncelées dans de grands fossés, dans des silos qu’on recouvre de terre ; elles se conservent pendant toute l’année, et dans une saison normale, toute la région betteravière engraisse chaque hiver de nombreux animaux, bœufs ou moutons, en les nourrissant avec de la pulpe additionnée de divers autres alimens. — Visiblement, la quantité de pulpe disponible varie avec le poids des betteraves traitées, et comme cette année la culture n’a que médiocrement réussi, la pulpe sera rare.

Depuis quelques années, la culture de la pomme de terre a tait de grands progrès ; un agronome des plus distingués, M. Aimé