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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/862

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allons trouver de l’orge. » Nous cherchâmes, dans le champ qui bordait la route, en écartant la terre avec des couteaux ; nos jeunes compagnons se mirent de la partie, et après quelques minutes, chacun eut dans la main trois ou quatre grains d’orge absolument intacts. On avait semé en octobre, nous étions en avril, pas une goutte de pluie n’était tombée, on retrouvait la graine telle qu’elle avait été déposée dans le sol six mois auparavant.

Nos terres sont plus humides que celles d’Afrique, et nos betteraves n’ont pas toutes attendu les pluies de mai et de juin pour lever ; les graines qui sont tombées dans un pli de terrain où l’humidité s’était conservée ont germé, et comme, au milieu d’avril, la surface du sol était seule desséchée, qu’à quelques centimètres de profondeur on trouvait encore 12 à 15 centièmes d’humidité, les jeunes racines ont rencontré un milieu favorable, et ces betteraves se sont développées régulièrement ; au mois de mai, elles étaient disséminées au milieu de grands espaces vides ; quand les pluies sont arrivées, la plupart des retardataires ont évolué à leur tour, et bientôt les champs ont été à peu près couverts. La récolte cependant ne sera que médiocre : si les pluies de juillet lui ont été favorables, la sécheresse et la chaleur torride d’août ont de nouveau arrêté leur végétation ; les betteraves seront très irrégulières ; les premières levées, longtemps isolées, profitant de la nourriture destinée à leurs compagnes, acquièrent de grandes dimensions, tandis que les racines qui n’ont évolué que tardivement sont restées chétives. A la fin du mois d’août, les betteraves dans le centre de la France pèsent en moyenne 100 grammes de moins que dans une année normale ; quand on arrachera en octobre, les racines retardées à la levée n’auront pas encore reçu la proportion de sucre que le travail régulier de la feuille y déverse chaque jour, et sur beaucoup de points, elles n’auront sans doute qu’une médiocre valeur.

On sait, en effet, qu’elles sont achetées par les fabricans, à prix variable avec leur teneur en sucre ; quand les betteraves en renferment de 16 à 19 centièmes, ce qui s’accuse par une haute densité du jus qu’on en extrait, elles valent plus de 30 francs la tonne ; si elles sont pauvres, elles ne sont plus achetées qu’à 22 ou 25 francs ; la somme perçue varie donc entre des limites assez larges, d’après la richesse de la récolte, d’après son abondance, et il semble que cette année les betteraves seront rares et d’une teneur très irrégulière.

Dans le nord-est, où cette culture est établie depuis longtemps, les insectes qui attaquent les racines pullulent ; on a enlevé les arbres ; les oiseaux, grands destructeurs de larves, ont disparu, et le dommage est grand. Cette année, la saison chaude et sèche a été