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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/844

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par la force, ni se maintenir sans jeter dans le pays une effrayante division, et dont l’issue ne se voit point [1]. » Il faisait cet aveu au moment où l’unanimité de l’opinion toscane ne faisait plus de doute ; au moment où l’union de l’Italie centrale avec le Piémont, simple mariage de convenance, si elle eût été proclamée par la France après Solférino, était devenue un vrai mariage d’amour [2]. Mais il avait passé l’année 1859 à discuter avec lui-même les projets les plus contradictoires, non sans donner parfois un soupir de regret à « sa chère petite Toscane [3] » qui, au fond, lui tenait au cœur. Beaucoup, sans doute, partageaient ces hésitations, et les choses auraient pu tourner tout autrement pour la Toscane, si elle n’eût trouvé quelques hommes d’État résolus, un Peruzzi, un Ricasoli, pour l’entraîner un peu plus loin et un peu plus vite qu’elle ne voulait, et décider de ses destinées.

Le grand-duc avait recommencé en 1859 la manœuvre qui lui avait réussi dix années auparavant : quitter le grand-duché afin de ne pas se compromettre sans ressource, ni avec l’Autriche, ni contre elle, et dans l’espoir d’être bientôt rappelé par la population ou ramené par les Autrichiens. Il put bientôt s’apercevoir que les Toscans n’avaient pas oublié la leçon de 1849. Nul ne contribua plus que Peruzzi à les en faire souvenir.

Chef du triumvirat constitué dans la soirée du 27 avril, Peruzzi déclarait, dans sa première proclamation, qu’il n’exercerait le pouvoir que jusqu’au moment où Victor-Emmanuel aurait pris les dispositions nécessaires pour faire concourir la Toscane à l’affranchissement de l’Italie. De fait, le 12 mai, le gouvernement provisoire se retirait, et l’ancien ministre sarde auprès du grand-duc, Boncompagni, prenait le titre et les fonctions de commissaire extraordinaire de Victor-Emmanuel. C’était un bien grand pas dans la voie de l’unité. Peruzzi ne s’en tint pas là. Sa politique, en somme, ne rencontrait pas de grandes difficultés en Toscane ; si elle n’eut pas, au début, beaucoup d’adhérens résolus, elle avait bien peu d’adversaires. Les obstacles vinrent du dehors, de Napoléon III, qui paraissait alors l’arbitre de la situation. Les préliminaires de Villafranca stipulèrent que le grand-duc de Toscane rentrerait dans ses États. L’empereur, après avoir déchaîné la révolution en Italie, se flattait de l’arrêter d’un mot. Vite détrompé, mais ne voulant pas se démentir, il n’en continuait pas moins à

  1. Correspondance de Gino Capponi, t. III, p. 324 ; lettre du 23 novembre 1859, au prince Gortchakof.
  2. Expressions de la Farina, lettre à Cavour, du 3 octobre 1859. (Lettere eeite ed inédite del conte di Cavour, ed. Chiala, t. VI, p. 454.)
  3. Correspondance de Capponi, t. III, p. 297, lettre du 24 août 1859.