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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/841

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pouvoir à fondre la petite patrie dans la grande. Son exemple montre une fois de plus quelle part la noblesse a prise au relèvement de l’Italie. Cette aristocratie, où la tradition du mécénat avait conservé le goût des choses de l’esprit, a été, plus qu’aucune autre, instruite, lettrée, érudite, passionnée, à défaut d’autre grandeur, pour la grandeur historique de son pays. Elle a entretenu dans la nation le culte de son glorieux passé, à une époque où ce culte était la seule forme de patriotisme permise à un Italien. Restée populaire, grâce à ses mœurs simples, à son concours désintéressé dans les œuvres charitables, à son dévoûment dans les charges municipales, et aussi grâce à l’attachement que les Italiens aiment à garder pour leurs vieux noms historiques comme pour leurs vieux monumens, elle était toute préparée pour être à la tête du mouvement d’affranchissement. Elle ne manqua pas de s’y placer. C’est une des causes du prestige et de l’influence que les vieilles familles municipales conservent encore, dans une société à tant d’égards si profondément démocratique.

On pourrait reprocher peut-être à cette classe supérieure, si intelligente, d’avoir eu plus d’enthousiasme et d’aspirations généreuses que de sens politique, et d’avoir produit plus de nobles rêveurs que d’hommes d’action. C’était, chez beaucoup, la faute de leur éducation purement littéraire, de leurs préoccupations trop exclusivement tournées vers le passé. M. Peruzzi eut la bonne fortune de recevoir une éducation toute pratique, celle d’un juriste et d’un ingénieur. Docteur en droit, à dix-huit ans, il partit pour Paris, où son oncle représentait le grand-duc de Toscane à la cour de Louis-Philippe. Il y passa trois ans comme élève à l’École des mines. Il en rapporta, avec le diplôme d’ingénieur, une connaissance parfaite de notre langue, et les sentimens de sympathie et d’attachement qu’il devait toujours conserver pour notre pays. En même temps, sa vocation d’économiste commençait à se développer au contact de M. Le Play. Mais pour lui la période d’études et de préparation fut singulièrement écourtée ; et il lui fallut de bonne heure prendre l’habitude de la vie publique. Il venait de rentrer en Toscane quand les événemens de 1848 le mirent en lumière.

Le grand-duc, contraint par l’opinion, avait dû envoyer quelques milliers d’hommes servir dans l’armée de Charles-Albert. Après le désastre de Custozza, son gouvernement, alors présidé par le marquis Gino Capponi, voulut charger un agent d’aller porter des secours aux prisonniers toscans internés en Autriche. Son choix tomba sur M. Peruzzi. Revenu de sa mission, celui-ci trouva le ministère Capponi renversé, le ministère démocratique Montanelli