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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/826

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s’il était partisan de l’impôt proportionnel ou de l’impôt progressif. Il répondit qu’il était partisan de l’impôt proportionnel, mais qu’il était tout prêt à modifier son opinion et à faire à cet égard tout ce que l’opinion publique manifesterait comme convenable aux besoins de la république. Le citoyen Guillemin lui demanda ensuite quelle était son opinion à l’égard de la juridiction directe et surtout indirecte du pape, en matière temporelle. Lacordaire répondit qu’à ses yeux le souverain pontife n’avait pas comme pape le droit de déposer des souverains ou des chefs de magistrature quelconque, et pas davantage celui de donner une constitution à la France, ni de régler ce que l’interpellateur appelait le temporel. Le citoyen Barnabé lui demanda ce qu’il pensait du dernier discours de Montalembert sur les événemens du Sonderbund, « discours qui était tout entier une longue satire envenimée contre nos pères de 1793. » - « Je ne me reconnais aucun père de 1793, répondit courageusement Lacordaire. Je reconnais en 1789 des hommes qui ont voulu la destruction d’un grand nombre d’abus, qui ont combattu pour cette destruction. Ces hommes persévérans dans leurs volontés, dans leurs luttes, voilà ceux que j’appelle mes pères. » Enfin le citoyen Clémencey le prit directement à partie à propos de ce passage de sa lettre sur le saint-siège, où il traitait le parti républicain de « faction dont on n’a le droit de dire du mal que parce qu’elle a des chances de vous couper la tête entre deux monarchies. » L’attaque était embarrassante. Lacordaire s’en tira habilement. Il convint que, avant le 24 février, il n’y avait pas dans toute sa personne un atome de républicanisme, mais il invoqua comme excuse valable qu’à l’époque où il était entré dans la vie « le comble de l’esprit libéral avait admis la charte et la constitution. » Il n’avait donc pas pu s’opposer seul.au vœu magnanime de la nation. S’il avait taxé la république d’une manière dure, c’est qu’il l’avait toujours présente à l’esprit comme un échafaud noir et sanglant. Mais il était aujourd’hui fier et content d’avoir mal pensé d’elle et de n’avoir pas vu ses tristes prévisions se réaliser. Et comme le citoyen Clémencey, mécontent de sa réponse, demandait à Lacordaire ce que l’Église, qui était dans une position fausse vis-à-vis de la révolution, entendait faire pour se réconcilier définitivement avec le siècle et de quelle manière elle entendait se rajeunir pour devenir la croyance de la jeune république, il fournit à Lacordaire l’occasion d’un beau mouvement d’éloquence sur la réconciliation de la génération nouvelle avec cette antique génération de la vérité qui s’appelle l’Église. « Je ne saisis pas bien, s’écria-t-il, quelle est l’opposition qui peut se trouver entre ces deux choses si admirables, la vieille