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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/81

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coûté des sommes énormes, — 600 millions, prétend-on, — n’aura plus qu’une bien médiocre importance lorsque le nouveau chemin de fer de Naples à Reggio sera entièrement construit. Celui-ci se détache de la ligne ancienne au-dessous de Salerne, et longe, presque sur tout son parcours, la côte méditerranéenne. L’économie de temps sera sensible. Des vapeurs attendent les voyageurs pour les porter sur l’autre bord du détroit, et le point d’où ils partiront sera vraisemblablement, non plus Reggio, mais villa San-Giovanni. On raconte même que les wagons seront transbordés sur des bacs, et retrouveront à Messine la voie, nouvelle aussi, qui doit desservir le littoral nord de l’île, et raccourcir d’un tiers la route de Messine à Palerme. Les Italiens des provinces du sud parlent volontiers de ces projets, comme d’une faveur tardive accordée au Midi, et ils ajoutent que ce ne sont pas, d’ailleurs ; les seuls travaux considérables entrepris aujourd’hui dans cette région si délaissée : que l’on termine un arsenal immense à Tarente, et qu’on a le dessein de détourner une partie des eaux du Sele ; pour arroser les Pouilles. Il y a là, en effet, pour le dire en passant, une curieuse idée. Les provinces de Foggia et de Bari, où se trouve le port de Barletta, principal marché des vins italiens, sont presque entièrement privées d’eau courante. La culture en souffre, et surtout la santé publique, car les habitans en sont réduits aux citernes, et l’eau, dans la saison d’été, l’eau à moitié croupie des pluies anciennes, s’y vend un prix assez élevé. Un ingénieur, M. Zampari, a donc proposé de prendre, à Caposele, une partie des sources qui forment le fleuve méditerranéen, de construire un aqueduc, plus formidable peut-être que les aqueducs romains, de percer, à travers l’Apennin, un tunnel de cinq kilomètres, d’atteindre la vallée de l’Ofanto, sur le versant de l’Adriatique, et de distribuer ensuite, à l’aide de canaux secondaires, les eaux ainsi captées à une foule de villes et de villages des provinces éprouvées. Il a calculé que la dépense dépasserait 100 millions et s’est adressé, pour les obtenir, à des capitalistes anglais. Des obstacles de tout genre se sont dressés devant lui. Son projet n’est encore qu’un rêve, mais hardi entre tous et bien fait pour passionner l’opinion.

Je reviens à la route de Reggio. Comme elle est fort longue, c’est une chance d’avoir choisi un bon wagon, j’entends par là un wagon dont les voyageurs sont des étrangers intéressans. Après avoir hésité, nous montons, mon compagnon et moi, dans un compartiment où sont déjà installées trois personnes : l’une, tête dure et intelligente, moustaches noires tombantes, les vêtemens fatigués, semblant venir de loin ; l’autre, une brave figure pleine,