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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/80

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La tante, une vieille, dame Caroline, — était la femme de Salvatore le cafetier, — le maître de ce petit café de la Marina, — qui se nomme : café des passagers.

Il était sept heures, le soir de la fête, — quand je vis, en entrant, cette jeune fille. — Elle mettait des tasses dans un panier.

Je me fis servir une demi-gazeuse, — puis, profitant de ce qu’elle était seule, — je m’approchai : — Peut-on vous dire un mot ?

— Un mot ? on n’en dit pas, on entre, — on demande sa consommation, et l’on s’en va. — Mais, quand un joli visage appelle les baisers, — que doit faire un pauvre garçon ? S’en aller aussi ?

— Comprenez bien et persuadez-vous, — qu’ici personne n’a le temps de vous écouter. — Ici, les gens de la maison ont le nez fin, — je le dis, d’ailleurs, sans raison, vous savez, pour dire…

Elle savait, au contraire, fort bien ce qu’elle disait. Le prisonnier s’en va. Sur le seuil, deux hommes lui font signe. L’affaire est claire. On va se battre. Il tire son couteau, et porte la première botte. « Je ne sais pas comment cela est arrivé, dit-il, mais je l’ai tué. »

Et voici deux ans qu’il pleure dans sa prison. Le visage de l’aimée lui apparaît en rêve. Il se tourmente à cause d’elle, et revoit tout ce passé.

Que fais-tu, toi aussi ? s’écrie-t-il. Tu ne me connaissais pas ; — nous nous regardâmes alors seulement. — Mais mon amour pour toi, depuis combien l’avais-je au cœur ?

A présent, je pleure, je pense à mes pauvres yeux ensorcelés par toi, — ensevelis vivans au milieu du monde. — Mon âme et mon corps, hélas ! sont prisonniers.

Ne dirait-on pas du Coppée napolitain ? Et ce trait de mœurs locales, à peine indiqué en passant, n’est-il pas délicieux : « Nous nous regardâmes alors seulement. »

A travers les Calabres. — Je voulais revoir l’Etna, et, connaissant déjà la route de mer, je pris celle de terre, qui passe par Salerne, touche le golfe de Tarente à Metaponto, tourne à angle droit, et suit la longue côte de la Calabre jusqu’à l’extrême pointe de la botte, à Reggio. Un seul train permet de faire directement le trajet, et met vingt heures à l’accomplir. On part de Naples à deux heures dix de l’après-midi, pour être le lendemain, vers dix heures, au bord du détroit de Messine. Le voyage est fatigant, avec des arrêts de nuit à de grandes altitudes, et la ligne, qui a