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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/690

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le réclama pour exercer auprès de lui l’emploi de secrétaire de légation.

Peu après, il rentra au service dans son bataillon de Tournai, devenu le 24e bataillon d’infanterie légère. Il fut adjoint à la mission de l’adjudant-général Jouy, véritable personnage de roman, dont les inconséquences politiques et les incroyables aventures galantes, qu’on trouvera tout au long rapportées dans ce premier volume des Mémoires, faillirent le compromettre encore une fois. Des trois membres de la mission, partis de Lille, le 7 août, Daboville fut tout de suite arrêté, puis guillotiné, Jouy n’échappa à l’échafaud qu’à l’aide d’une trappe et de l’émigration, et Thiébault, parce qu’on l’oublia.

La campagne de l’armée du Nord a été si souvent racontée et elle est si bien connue que nous ne suivrons pas Thiébault au corps, commandé par Pichegru, au siège de Maubeuge, non plus que pendant toutes les campagnes de l’armée du Rhin, où il combattit tantôt sous l’adjudant-général Donzelot, tantôt sans ordres, se rendant aujourd’hui à une division, demain à une autre, et prenant part de cette manière aux principales actions des 28 et 29 floréal et à la bataille dite de Tournai (3 prairial).

Ce n’était certes pas le courage qui manquait aux chefs non plus qu’aux soldats à cette époque héroïque. Mais la discipline faisait défaut ; les ordres étaient généralement discutés, critiqués souvent, et pas toujours obéis ; la preuve en est, à chaque page, dans ce que disent la plupart des auteurs des Mémoires militaires de ce temps ; Et tandis que les armées coalisées enserraient la France dans un cercle de fer et de feu où elles tentaient de la détruire, la démoralisation dans les camps risquait d’achever l’œuvre de destruction. Il fallait à tout prix arrêter la contagion, préparer la victoire et la décider. Député à la Convention et chargé, comme membre du Comité de salut public, du personnel et du mouvement des armées, qu’il avait trouvées découragées et manquant de tout, Carnot, avec une activité prodigieuse, réorganisa les bataillons, improvisa quatorze armées de volontaires, choisit si bien leurs chefs, combina si heureusement leurs opérations et manœuvra avec tant de précision qu’il put, après dix-sept mois de campagne, présenter à la Convention, le 13 vendémiaire an III, son célèbre rapport : « 27 victoires dont 8 en batailles rangées ; 120 combats ; 80,000 ennemis tués ; 91,000 prisonniers ; 116 places fortes ou villes importantes occupées ; 230 forts ou redoutes emportés ; 3,800 bouches à feu ; 70,000 fusils et 90 drapeaux pris sur l’ennemi. »

Pour arriver à un résultat jusque-là sans exemple, il avait fallu sans doute déployer une science du commandement, une autorité sans pareille, mais surtout savoir imposer l’obéissance passive en