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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/677

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opposition et faire contraste avec la scène qui la précède, car, si l’on a pu dire de Louis XVI « qu’il avait la nature trop forte, trop en plein air, l’écorce rude et rien de poli, » son caractère a toujours été réputé bon et humain. Roland lui-même a rendu celte justice à Louis XVI. Dans les premiers jours du mois d’août, quand M. de Lally-Tollendal et M. de Montmorin allèrent prendre les dernières instructions pour sauver la famille royale, le roi leur avait fait répondre qu’il ne partirait pas et qu’il aimait mieux s’exposer à tous les dangers que de commencer la guerre civile [1]. Quoi qu’il en soit, voici ce que Thiébault prétend avoir vu :

Le jeudi saint (1790), étant de service aux Tuileries, je me trouvais de faction dans la salle située entre le grand escalier du pavillon de Flore, la galerie de Diane et les petits appartemens du roi. C’était au moment où Louis XVI et la reine lavèrent les pieds à douze pauvres, représentant les douze apôtres. Ces douze pauvres, habillés à neuf par le roi [2], étaient assis sur une banquette assez élevée pour que leurs pieds se trouvassent sur un gradin ; ils avaient le pied gauche chaussé et le pied droit nu ; à côté du pied nu se trouvait une cuvette avec de l’eau tiède. Lorsque le roi et la reine, précédant leur suite, arrivèrent par la porte des petits appartemens, chacun de ces pauvres plaça son pied sur le bord de la cuvette ; alors le roi, prenant avec le creux de sa main un peu d’eau dans chaque cuvette, la jeta sur chacun des douze pieds, qui du reste n’avaient pas besoin d’être lavés. Quant à la reine, elle prit successivement douze serviettes, qu’on lui présentait sur un plat d’argent, et les passa, puis les laissa sur les pieds que le roi avait mouillés. La cérémonie terminée, leurs majestés firent des aumônes aux pauvres, qui en toute hâte s’étaient rechaussés, et leur servirent des mets contenus dans des plats de bois. C’était la dernière fois que ces augustes personnages ont déféré à cet usage qui date du roi Robert.

Les gardes montées au château donnaient presque toujours lieu à quelque anecdote. Le mot d’un conseiller au parlement eut notamment certain succès. Peu après l’installation du roi à Paris, ce conseiller, grenadier dans la garde nationale, se trouva de faction à la porte des grands appartemens. Un personnage de la cour l’ayant aperçu s’écria : « Comment ! c’est vous ? Bon Dieu, que faites-vous là ? —

  1. Cf. le mémoire joint à la lettre de Marie-Antoinette à son frère Léopold II, du 8 septembre 1791.
  2. Les habillement tous égaux, étaient composés d’un habit, d’un gilet et d’un pantalon de drap gris, d’un chapeau (sans cocarde), d’une chemise, d’une cravate, d’un mouchoir de poche, d’une paire de bas et d’une paire de souliers.