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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/668

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Telle n’avait pourtant pas été, lors de son arrivée de Berlin, la première impression de Thiébault à la vue des Françaises que, par la suite, il ne devait pas se faire faute de trouver presque toutes également charmantes et dignes d’être adorées. Paris lui-même, dans les premiers jours, avait été loin de lui paraître aussi brillant :

Si pour moi Paris avait été prodigue d’enchantemens, j’avouerai pourtant que, malgré ma prédilection pour les femmes, ou plutôt en raison de cette prédilection, je fus choqué de la laideur des femmes en général. Les femmes des dernières classes, qui sont encore repoussantes, étaient alors horribles, et si, en se rapprochant des classes supérieures, on en trouvait et on en trouve qui soient dignes de tous les hommages, il faut convenir que c’était, comme cela est encore, dans des proportions qui laissaient trop d’avantages à la Prusse, que je quittais, à la Saxe, que je venais de traverser et dans laquelle, de village en village, nous avions été frappés par des groupes de jeunes filles, magnifiques détaille, de traits et de fraîcheur ; observation qui n’échappait à aucune des personnes qui avaient été à même de la faire et que notamment l’abbé de Vauxcelles répétait avec une véhémence plus naturelle qu’orthodoxe.

Je sais pourtant que la Normandie, le Hainaut, l’Alsace, la Lorraine, le Languedoc surtout font exception à cet égard ; mais Paris n’en était pas moins très désavantagé, et l’explication de ce fait existait dans la misère, qui dévorait le peuple de cette grande capitale ; dans les rues étroites et les réduits où il croupissait entassé et où jamais ne pénétrait un rayon de soleil ; dans les caves infectes où vivaient le long des quais 100,000 de ces misérables, qui, dix fois par an, étaient submergés par des pluies ou par les crues de la Seine, et, souvent de nuit, étaient