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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/518

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de Mme la duchesse de Guise et de plusieurs autres princesses et grandes dames, toutes à pied et un cierge à la main. Tout autour, les princes, les maréchaux de France, les chevaliers de l’ordre et, pour parler comme le document contemporain, « tous ceux de la noblesse qui ont accoutumé d’accompagner Leurs Majestés. »

Venaient ensuite, à droite, la cour du parlement, ayant ses huissiers devant, verges inclinées, puis les notaires et greffiers en robes rouges, puis le corps même du parlement : le premier président de Harlay, les présidons coiffés du mortier, les conseillers vêtus de rouge ; au milieu, M. de Liancourt, gouverneur de Paris ; à gauche, la cour des comptes, puis la cour des aides, en robes rouges et chaperons noirs ; le corps de la ville de Paris en robes et chaperons mi-partis rouge et bleu aux couleurs de la ville ; puis le Châtelet, puis les autres offices et juridictions, en diminuant peu à peu d’importance jusqu’aux archers et sergens de la ville qui fermaient la marche et contenaient la foule du peuple.

Partout, dans les rues étroites, débordantes de monde, les maisons ventrues étaient tendues de tapisserie et, aux carrefours, aux balcons, aux fenêtres, jusque sur les toits en pignon, des milliers de regards luisaient, les cous se tendaient. Ce bon peuple de Paris, alors si ardemment catholique et royaliste, se signait, d’un geste qui avançait sur la foule, au fur et à mesure que passaient, tout près l’une de l’autre, ces deux majestés, l’une céleste, l’autre terrestre, presque confondues dans un même amour et dans une même dévotion.

La procession pénétra lentement dans Notre-Dame ; le roi et la reine gagnèrent le chœur et s’arrêtèrent en face de l’autel ; les députés se rangèrent par ordre de préséance, sur des bancs qui avaient été dressés le long de la nef. Les suisses de la garde se tinrent debout, devant les piliers tendus de tapisseries, et firent faire silence. Le service divin commença.

Il fut célébré par l’archevêque de Paris entouré de son clergé, l’évêque de Bayonne servant le roi en qualité de grand aumônier. Le sermon fut prononcé par le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, qui, résumant dans une seule phrase le caractère de la cérémonie, prit pour texte ces paroles de l’évangile : Deum timete, regem honorificate. Il parla longuement, pesamment, pédantesquement, à la manière du temps ; mais il insista, avec la vigueur brutale qui était dans son caractère, sur la puissance redoutable de la royauté, et sur la force de l’idée monarchique, dont il avait fait le thème de son discours : « il fut loué de Leurs Majestés et de tous les auditeurs. »

Le lendemain, lundi 27 octobre, la séance d’ouverture des États eut