Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/476

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


viduelle des députés en matière de dépenses. » La fin de la dernière session en a fourni un exemple saisissant. Le moment est venu de demander à la chambre de renoncer à cette initiative pour ses membres, et d’établir qu’à l’avenir aucune ouverture de crédit ne pourra lui être proposée que par le ministre responsable d’accord avec son collègue des finances. C’est sans doute une innovation apportée à d’anciennes habitudes, mais il s’agit d’un intérêt de premier ordre pour la bonne gestion de nos affaires d’argent.

Et cette bonne gestion importe à presque toutes les autres réformes. C’est par conséquent la plus urgente, quoique ce ne soit pas celle dont on parle le plus. Les législateurs qui projettent des améliorations politiques ou sociales, devant entraîner un supplément de frais nationaux, sans s’être assurés de l’existence des sommes disponibles pour les réaliser, construisent des châteaux de cartes. Ils ressemblent à ces gens qui achèteraient une voiture sans savoir s’ils auront un cheval pour la traîner. Il en est à la vérité, dans le nombre des faiseurs de projets, qui n’hésiteraient pas à demander à l’impôt ou à l’emprunt, qui n’est qu’un impôt ajourné, les ressources nécessaires à l’accomplissement de leurs rêves. S’apercevant qu’ils n’ont pas de cheval à atteler à leur voiture, ils vendent la voiture pour acheter le cheval : ils prennent dans la poche du contribuable l’argent qu’ils se proposent d’employer à son bonheur et qu’ils lui restitueront, moins les frais de recouvrement et de distribution.

Heureusement qu’il est des perfectionnemens gratuits, dont l’étude et l’achèvement peuvent suffire au labeur de la chambre nouvelle : la réforme de l’impôt des boissons, brusquement interrompue et qui devra être reprise, celle de la procédure civile ayant pour objet la réduction des frais de justice, la loi sur le crédit agricole, celle sur les associations, attendue depuis tant d’années et si nécessaire au développement de l’initiative privée en général et en particulier de la prévoyance.

Nos législateurs feraient aussi une utile besogne en poursuivant l’œuvre de décentralisation, qui déchargerait le parlement et les ministères d’une foule d’attributions qui incombent logiquement aux conseils-généraux et aux administrations départementales, dont ces conseils et ces administrations locales sont chargés dans la plupart des pays qui nous environnent, dont ils avaient été dépouillés par la monarchie absolue et par le premier empire, et dont on ne leur a restitué qu’une infime partie depuis soixante ans. J’estime qu’une portion de ces travaux publics qui ont formé ce qu’on nomme le plan Freycinet, la portion la moins utile ou la moins pressante de cette entreprise hâtive et mal venue, qui a obéré nos finances, eût été écartée ou ajournée si la réalisation en eût été confiée en détail aux départemens. La décentralisation, dont on ne parle plus guère et