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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/474

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En résumé, la chambre nouvelle, qui, par parenthèse, ne ressemble pas tant qu’on veut bien le dire à la précédente, puisque sur 580 députés elle en compte 210 nouveaux ; la chambre nouvelle se composera d’une soixantaine de conservateurs, d’une trentaine de ralliés, d’environ 310 républicains auxquels conviendrait l’épithète de parti du centre, de 90 radicaux de l’ancien style, — nuance Brisson ou Bourgeois, — de 30 radicaux socialistes, dont M. Millerand nous offre le type, enfin de 50 socialistes à programmes variés. Il est évident que ces chiffres, désignant et catégorisant avant la lettre, avant qu’ils se soient rencontrés pour se coaliser ou se combattre, les membres de l’assemblée récemment élue, n’ont pas une exactitude mathématique.

Il s’accusera dans les partis anciens des gradations de nuance qui n’existent pas encore : il est possible que les 60 membres de droite ne comprennent pas tous de la même manière le rôle d’opposition que les électeurs leur ont confié, que les 90 radicaux se scindent à leur tour en deux bataillons dont le plus modéré votera souvent avec le gros de la majorité républicaine. Au contraire, il est des groupemens appelés à disparaître : tels les ralliés qui représentent, non pas une opinion d’avenir, mais une évolution passée, non pas une idée, mais un fait. Le fait est accompli, le ralliement est effectué ; ralliés d’aujourd’hui, ils doivent s’asseoir à côté de ces ralliés d’hier et des jours précédens, — car les républicains français de 1893 sont pour la plupart des ralliés diversement chevronnés, — qui forment l’opportunisme et le centre gauche. Il n’y a aucune bonne raison pour que les ralliés ne fusionnent pas, ne se fondent pas complètement dans ce dernier groupe, dont le programme ne différera du leur sur aucun point essentiel.

Ce programme, quel sera-t-il ? Maintenant que l’ancienne concentration opportuno-radicale est morte, que le corps législatif est doté d’une majorité homogène de 310 ou plutôt de 340 membres, en y comptant depuis MM. Raynal, Siegfried et Flourens jusqu’à MM. le prince d’Arenberg, Dufaure et George Berry, le point important pour le pays, c’est de savoir ce qu’elle fera et aussi ce qu’elle ne fera pas. Il ne faut pas lui demander de faire beaucoup de choses ; il ne faut pas se figurer, ni dans la chambre, ni en dehors de la chambre, que, pendant le bail de quatre ans et demi passé par la France avec ses nouveaux maîtres, ceux-ci ont pour mission d’accomplir des actes éclatans et des réformes extraordinaires. Si l’on voulait exécuter les projets constitutionnels, financiers, administratifs et sociaux, contenus, je ne dis pas dans toutes les circulaires des candidats les plus raisonnables, mais seulement dans les principales, on aurait de quoi remanier et bouleverser plusieurs fois de fond en comble l’organisation politique, budgétaire et économique de la nation.

Le premier devoir de nos représentans doit donc être de procéder