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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/471

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revues anglaises ; mais voici que la place me manque, et, somme toute, je n’en suis point fâché, car, en dehors des sombres prophéties de M. Pearson et de M. Harrison, je n’ai presque rien trouvé dans ces articles qui méritât d’être relevé.

Les articles de Mrs O.-W. Oliphant, dans la Century, sur Jonathan Swift et Daniel de Foe, ne sont guère que de courtes et sommaires biographies, écrites surtout, j’imagine, pour accompagner des illustrations, dont quelques-unes, il est vrai, sont tout à fait curieuses. Sous son ample perruque soigneusement bouclée, avec son grand front et l’ovale régulier de son visage, l’auteur de Robinson Crusoé, dans le beau portrait de Van der Gucht, ressemble un peu à Racine. Mais peut-être cette ressemblance est-elle simplement le fait du dessinateur, qui aura voulu anoblir les traits de son modèle : car, pour élégante et pure qu’elle semble au premier abord, il y a dans cette physionomie maints détails inquiétans. Les yeux sont bien petits, le nez bien long et busqué, la bouche bien mobile avec la variété de ses plis. Sous le poète on devine l’aventurier, ce Daniel Foe, fils d’un boucher de Londres, qui a pratiqué tant de métiers et traversé tant d’aventures : étrange personnage, dont il se pourrait que la vie fût le chef-d’œuvre, je veux dire le roman le plus extraordinaire. D’autres images de la Century nous aident à nous le figurer ; l’une d’elles nous le montre promené à travers les rues de Londres sur un pilori, la tête et les mains serrés dans un carcan ; puis nous voyons la prison de Newgate, où il fut longtemps enfermé ; puis c’est le portrait, en grand attirail, de ce méchant et vaniteux Robert Harley, comte d’Oxford, dont Foe, sorti de prison, dut se faire le domestique ; et c’est enfin le tombeau du pauvre grand homme, un petit obélisque, dans un cimetière de banlieue.

Tout autre nous apparaît, dans son portrait par Jervas, la physionomie de Jonathan Swift : celui-ci n’a point de prétention à la noblesse, mais à l’esprit et au caractère. Son gros visage de roturier se tourne vers nous avec une expression un peu comique, à force de vouloir être digne et impertinente. Puis viennent des images de châteaux et de maisons de plaisance : ce sont des demeures princières où Swift a consenti à recevoir l’hospitalité. Jamais il n’y eut un homme plus parfaitement égoïste, ni qui trouvât plus de gens prêts à penser de lui tout le bien qu’il en pensait lui-même. On sait quel tendre et respectueux amour lui avaient voué, notamment, ces deux femmes, Stella et Vanessa, qu’il s’amusait à torturer l’une par l’autre. La Century ne nous donne malheureusement aucune image de Vanessa ; mais Stella, à en juger par son portrait, était vraiment très laide, avec la plus fâcheuse petite figure de vieil oiseau qu’on puisse imaginer. Voilà bien