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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/461

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I

Avec tous leurs défauts, les Anglais ont une qualité que je leur ai toujours enviée, comme le signe d’une parfaite santé physique et morale : c’est leur optimisme, leur penchant naturel à être contens d’eux-mêmes et de leur pays. Différens en cela de nous, et de la plupart des peuples d’Europe, ils n’ont besoin d’aucun effort d’exaltation pour se croire supérieurs au reste des hommes ; par un bienheureux privilège, ils naissent satisfaits ; et tout au long de la vie ils portent la tranquille certitude d’avoir infailliblement raison.

Grande, précieuse vertu : elle rayonne dans leurs yeux, elle donne à toutes leurs paroles un air particulier d’assurance et d’autorité. C’est elle qui leur permet de se trouver partout à l’aise et comme chez soi : jugeant et classant à leur gré, par exemple, nos poètes et nos romanciers français, sans s’inquiéter le moins du monde de l’estime que nous en faisons ; et notre admiration pour ceux de nos écrivains qui ne leur plaisent pas, pour Racine ou pour Lamartine, leur apparaît ensuite une preuve nouvelle de l’infériorité de notre race. Encore aux