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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/459

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V

On attend peut-être une conclusion à ce rapide aperçu des Antilles françaises en 1893. Bien vivantes, actives, capables de ce courage et de cette persévérance qui triomphent de toutes les difficultés, telles nous apparaissent la Guadeloupe et la Martinique. Ces vieilles colonies sont toujours jeunes. Les élémens de couleur y ont conquis la suprématie politique et poursuivent, d’un effort continu et méritoire, leur ascension vers la maturité intellectuelle et sociale sans laquelle les libertés publiques ne sont que des apparences et des mensonges. Il dépend d’eux d’opposer aux républiques d’Haïti et de Saint-Domingue, si souvent ensanglantées et ravagées par les révolutions et les guerres civiles, le spectacle du développement de leur prospérité morale et matérielle, sous l’égide de la république française, jalouse de voir toutes les parcelles de son territoire jouir des bienfaits du progrès et de la liberté. On a dit que les noirs étaient un quatrième État qui nourrissait l’ambition de supplanter le tiers-état, les hommes de sang mêlé, dans la direction des affaires. C’était méconnaître et la nature des choses et le caractère des individus. Depuis le premier jour, dès la première heure où les Antilles furent appelées à bénéficier des institutions représentatives, les noirs eurent accès dans les assemblées, au conseil-général comme dans les municipalités. C’est affaire au suffrage universel de choisir les plus capables et les meilleurs, en dehors de toute considération étrangère au bien de la chose publique.

Mais les droits ne vont pas sans les devoirs. Maîtres de la Martinique et de la Guadeloupe, les hommes de couleur ont la charge de tous les intérêts généraux. C’est à eux qu’incombe aujourd’hui la responsabilité des mesures de protection et de défense réclamées par l’industrie agricole comme une nécessité du présent et comme une garantie de l’avenir. Ils doivent tout tenter pour améliorer les conditions de la production et les moyens de crédit. En se montrant à la hauteur de leur tâche, ils auront la satisfaction de concourir à l’amélioration du sort du plus grand nombre, ce devoir supérieur des dirigeans, quels qu’ils soient. Ils ont encore l’obligation de réduire les budgets, de refréner les appétits personnels et d’abolir la chasse aux emplois, qui est une plaie sous toutes les latitudes et un péril dans les pays où l’on manque de bras.

Avant longtemps, la constitution coloniale sera révisée en vue d’arriver à la suppression des causes de conflit qui existent