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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/454

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accentués de la physionomie d’un pays, d’une contrée. La Pointe-à-Pitre, la Basse-Terre, à la Guadeloupe ; Saint-Pierre, Fort-de-France, à la Martinique, avec tout ce qui les caractérise et les différencie, manifestent et résument l’état social et politique, et la situation économique de nos petites Antilles en 1893.

Après douze jours de navigation sur les paquebots un peu lents de la Compagnie transatlantique, on arrive à la Pointe-à-Pitre. Le port est spacieux ; le jour où l’on aura fait sauter les bancs de madrépores qui en rétrécissent l’accès, ce sera l’un des meilleurs mouillages des eaux américaines. La ville est toute plate, avec des rues droites, de beaux quais d’où l’on a une fort belle vue, du côté de la Guadeloupe proprement dite. Mais, bâtie sur les coraux, à proximité de terres basses et de lagunes dont la plus importante s’appelle la Rivière-Salée, elle est peu salubre. Il a fallu les efforts persevérans d’une édilité intelligente pour arriver à améliorer un état sanitaire déplorable, en comblant des canaux qui infectaient la ville. D’une construction peu en harmonie avec le climat, les maisons se pressent les unes contre les autres, défendant à peine les habitans contre les ardeurs meurtrières du soleil et les indiscrétions des passans. La plupart des salons s’ouvrent, en effet, sur la rue, et fermés seulement de persiennes, permettent toutes les inquisitions. C’est absolument comme si les maisons étaient de verre, selon le vœu du sage. La meilleure objection à opposer aux détracteurs souvent prévenus des mœurs créoles, c’est que les appartemens sont tout en portes et en fenêtres qu’on ne ferme jamais, et que, la nuit comme le jour, on peut tout voir et tout entendre de ce qui se passe à l’intérieur. La flânerie et la curiosité de la population y trouvent leur compte, — et la vertu aussi, le vice voulant un peu plus d’ombre et de mystère.

De monumens, il n’en est qu’un, la cathédrale, une magnifique construction en fer, d’un goût simple et très pur. Il est temps peut-être de se souvenir que le tremblement de terre de 1843 et un incendie ont successivement bouleversé et détruit la Pointe-à-Pitre, et que c’est une ville neuve que nous avons sous les yeux. L’animation est grande dans les rues ; elle est considérable dans le port à l’époque de la campagne sucrière, quand le mouvement maritime étant à son apogée, toute une flotte de navires marchands, placée sur deux et quelquefois trois rangs, vient chercher le sucre et le rhum. Un petit musée d’histoire naturelle, le musée Lherminier, moins indigent que le musée Schœlcher, sert de lieu de réunion à la chambre d’agriculture. La mairie ou l’hôtel de ville, comme on voudra, est spacieux et renferme une jolie bibliothèque. C’est tout. Il y a quelque vingt mille habitans.

Six heures de mer séparent la Pointe de la Basse-Terre, le