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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/414

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Au reste, quand on dit que les femelles ont moins de courage, encore faut-il s’entendre et distinguer les cas. Le courage des mères pour protéger et défendre leurs petits est bien connu : les exemples en abondent à tous les degrés de l’échelle animale. Pour n’en rappeler qu’un, Bonnet fait le récit coloré d’un cas où une araignée, tombée à la merci d’un fourmi-lion, combattit pour sauver ses œufs aux dépens de sa propre vie. Mais, chez la femelle, le courage est d’ordre maternel, défensif, tourné vers l’intérieur, au service de l’espèce ; chez le mâle, il a une tout autre direction : il est agressif, tourné vers le dehors, au service de l’individu et de son indépendance.

Un autre trait de l’activité chez les mâles, c’est, comme on l’a vu, son caractère explosif et impatient. Ayant un besoin organique de dépense et de mouvement, ils sont semblables à des batteries chargées d’électricité. Et si leur activité est tumultueuse, elle est parfois peu durable. Du moins a-t-elle besoin d’intervalles de repos, qui lui donnent souvent un caractère de discontinuité. Au contraire, les femelles sont calmes et patientes ; leur persévérance ne se décourage pas. Loin de partir comme des ressorts, elles vont doucement et sans interruption à leur but. Darwin et Spencer ont encore voulu expliquer ces qualités psychiques des femelles par l’influence séculaire de la sélection, qui donnait plus de chances de survie aux êtres dont la persévérance compensait la faiblesse et qui, par leur douceur, désarmaient la force. Même dans l’humanité, on a voulu rendre compte de la patience féminine par la longue « oppression masculine. » Raisons superficielles. L’impatience des mâles et la patience des femelles sont « dans le sang, » inhérentes aux fonctions mêmes de l’un et de l’autre sexe. Depuis la femelle de l’oiseau, qui couve ses œufs pendant de si longs jours, jusqu’à la femme qui porte son enfant dans son sein et l’allaite pendant de si longs mois, patience et maternité ne font qu’un.

Le désir est de l’énergie qui demande à se dépenser dans une certaine direction, parce que la pente est plus grande de ce côté que de l’autre : un être aura d’autant plus de désirs, d’impulsions, de passions ardentes et tournées vers le dehors, qu’il aura plus de force à déployer, plus d’activité et de pouvoir moteur. C’est donc encore par une évolution naturelle que les tempéramens de dépense sont passionnés. Dans la lutte pour l’amour, disent Darwin et Spencer, ceux qui avaient le plus d’ardeur ont le mieux réussi à propager leur race ; nous l’accordons, mais la vraie cause en est avant tout constitutionnelle.

Un autre caractère des sentimens et des amours, c’est leur plus ou moins de constance. Or la constance suppose une tendance à intégrer et à conserver ; cette qualité sera donc, en général, plus