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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/404

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d’une sorte de sentimentalisme, soit pour, soit contre la femme. Aux yeux des uns, la femme semble être encore, comme pour les théologiens et pères de l’église, une créature inférieure, cause du péché originel, « plus amère que la mort, » « porte de l’enfer, » « chemin de l’iniquité, » « sentinelle de Lucifer, » « dard du scorpion, » « tænia du cœur humain, » « vase d’impureté ; » ce sont des litanies à rebours. Dans leur dédain du « sexe faible, » ils auraient volontiers, comme les tribus indiennes, un oui pour les hommes et un oui différent pour les femmes. Selon d’autres, au contraire, la femme est une créature supérieure, à qui s’appliquent les vraies litanies de la Vierge-mère : siège de sapience, miroir de la justice, vase d’élection, porte du ciel, etc. Ceux mêmes qui, comme Michelet et Proudhon, se sont préoccupés du point de vue physiologique ont été si incomplets, ils ont mêlé à la science encore insuffisante de leur époque tant d’imaginations poétiques ou romanesques, que la vraie et naturelle relation des sexes n’en est guère éclairée.

Quant aux « anthropologistes, » ils n’ont vu là, trop souvent, qu’une affaire de « force musculaire » et de « poids du cerveau. » Il y a bien d’autres élémens qui doivent entrer en ligne de compte. Le dynamomètre, la balance et le crâniomètre sont des instrumens un peu trop simples : l’esprit ne se mesure pas au poids. Quel est un des plus petits crânes connus ? Celui de Voltaire. Mais un monde peut tenir dans une coque de noix.

En ces derniers temps, les biologistes ont introduit dans le problème des élémens de haute valeur, qui peuvent mieux faire saisir l’opposition et l’harmonie des deux sexes, en permettant de caractériser par des traits précis leur constitution physique et mentale. Depuis deux ans surtout, les idées relatives à la propagation de l’espèce et à l’apport exact de chaque sexe ont fait un pas si décisif, que les biologistes considèrent comme étant désormais connus les actes essentiels de la fécondation. Plusieurs savans français ont l’honneur d’avoir contribué à ces résultats, dont la portée n’est pas seulement physiologique, mais encore philosophique. S’il est vrai que la morale et la science sociale doivent « suivre la nature, » non pour accepter la réalité telle qu’elle est, mais pour ne pas s’égarer à l’opposé de l’idéal qu’il est possible d’atteindre, il en résulte qu’on ne saurait demeurer indifférent aux grandes conclusions de l’histoire naturelle sur la genèse, les caractères et le rôle des sexes dans le développement de la vie. Les différences physiques et mentales entre l’homme et la femme peuvent être ou exagérées ou diminuées par l’éducation, par les mœurs, par les lois ; mais, pour les oblitérer entièrement, il faudrait, comme disent MM. Geddes et Thomson, « recommencer l’évolution sur