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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/317

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dans les deux derniers siècles avant l’ère chrétienne, exprime la même idée, presque sous la même forme :

L’Éternel m’a possédée au commencement de toutes choses,
Avant aucune de ses œuvres, dès l’origine.
Dès l’éternité j’ai été formée,
Dès le principe, avant la naissance de la terre.
Je fus conçue avant que l’abîme n’existât,
Ni les sources, réservoirs des eaux.
Quand il dressa les cieux, j’y étais.
Quand il posa les fondemens de la terre
J’étais son ouvrière à ses côtés
Et je faisais ses délices toujours,
Me jouant sans cesse en sa présence,
Me jouant sur la face de sa terre,
Et trouvant mes délices parmi les Benê-Adam.

Le zoroastrisme a-t-il pris cette notion à la philosophie néo-platonicienne ? L’a-t-il puisée directement dans la littérature juive, ou bien dans le fonds commun des idées qui régnaient un peu partout à cette époque ? On pourra discuter sur ce point. En tout cas, cette doctrine sent son temps, et ne saurait, sous cette forme, remonter bien haut.

Il est encore beaucoup d’autres points de contact entre l’Avesta et les anciens récits des livres mosaïques : la création du monde en six jours, le déluge, le partage de la terre entre les trois fils de Thraêtaona, et le cadre même de la révélation d’Ormazd à Zoroastre, qui nous rappelle le dialogue entre Jéhovah et Moïse, d’où sort la loi. Voici dès lors la question qui se pose : Sont-ce les Juifs qui ont emprunté ces idées à la Perse, ou bien est-ce l’Avesta qui s’est inspiré de la Bible ? En général, on n’hésitait pas à répondre que l’emprunt venait du côté des Juifs. Que de fois n’avons-nous pas entendu citer la ressemblance de la création biblique avec celle de l’Avesta comme une preuve de la date récente de la composition de la Genèse ! C’était le grand cheval de bataille de M. d’Eichthal. Or, voici M. Darmesteter qui vient nous déclarer, après une étude approfondie, que c’est l’Avesta qui a copié la Bible. Je suis porté à croire que M. Darmesteter a raison, d’une façon générale, sans pourtant qu’il soit possible de l’affirmer pour tous les points. Il y a tout un fond d’idées cosmogoniques sur lequel a, vécu l’ancien Orient, et qui a fait l’objet d’échanges multiples, dans lesquels il est parfois très difficile de dire de quel côté vient l’emprunt, ni même s’il y a eu emprunt direct.

Le récit du déluge peut nous en fournir un exemple. Nous avons parlé de ce déluge, de neige, annoncé par Ahura-Mazda au fidèle Yima, et des instructions qu’il lui donna pour y échapper et pour