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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/294

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Quant au prêtre espagnol, on ne l’a jamais trouvé, on n’en a même rien su depuis la Restauration. Du côté du parti révolutionnaire, c’était par Guidal qu’on croyait pouvoir arriver à quelque découverte importante ; on s’attacha donc à interroger tous les hommes avec lesquels on lui avait connu des liaisons. Tous justifièrent de la tranquillité profonde dans laquelle ils avaient vécu depuis quelque temps, et la plupart donnèrent les preuves les plus palpables que, loin d’avoir été prévenus, ils n’avaient eu connaissance de la conspiration qu’après l’arrestation des conspirateurs. Il y avait cependant un homme qu’on n’avait pu joindre, qui s’était absenté de son domicile au premier bruit des recherches faites par la police ; cet homme, bien digne de fixer l’attention, était le fameux Tallien. Sa disparition excitait les plus violens soupçons, lorsqu’un de mes païens, auquel il avait rendu quelques services dans le temps de la Terreur, vint me trouver de sa part et me demander un sauf-conduit. Cette faveur accordée, il vint. A ma première question : « Pourquoi vous êtes-vous caché ? » il répondit « qu’un homme qui avait été, comme lui, mêlé à la vie et aux menées des révolutionnaires, devait se tenir sur ses gardes, sa longue expérience lui ayant appris que, quelque innocent qu’on fût, il ne fallait jamais courir le risque d’être arrêté. » Il entra avec moi dans les détails les plus circonstanciés sur tout ce qu’il avait fait depuis deux ou trois ans. Il me fit voir comment il avait eu soin de rester étranger à toute apparence non-seulement de complot, mais même d’intrigue ; il alla plus loin, et, passant en revue les noms de tous les hommes de l’ancien parti révolutionnaire existant encore et se trouvant à Paris ou dans les environs, il me montra à quel point ils vivaient isolés les uns des autres, combien ils étaient dominés par la crainte de se compromettre. Enfin, il me laissa convaincu que ni lui, ni ceux qu’on pouvait appeler les siens, n’avaient eu la moindre intelligence avec Malet, connu parmi eux comme cerveau brûlé : personne n’eût voulu entrer dans une entreprise conçue et dirigée par lui. Ces renseignemens étaient parfaitement d’accord avec ceux que recueillaient de tous côtés les agens des différentes polices. Le gouvernement ayant acquis la certitude que la tranquillité publique n’était nullement menacée, personne ne fut inquiété, et les prisons ne se remplirent pas de suspects, comme cela s’était vu trop souvent.

Les débats qui eurent lieu devant la commission (les accusés étaient au nombre de vingt-quatre) établirent, plus clairement encore que les informations précédentes, que la conspiration tout entière était l’œuvre personnelle de Malet, que les hommes qu’il avait traînés à sa suite étaient victimes d’une déplorable crédulité. Dans le cours des interrogatoires il n’hésita pas à assumer sur lui