Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/292

Cette page n’a pas encore été corrigée


confié, il n’avait rien lu et avait écouté seulement ce qui lui avait été dit : « On s’étonne, ajouta-t-il, que j’aie pu croire à la vérité d’une semblable pièce. Il serait bien plus étonnant qu’après l’avoir attentivement examinée, j’eusse été assez insensé pour m’en servir, pour l’accepter comme base d’une entreprise aussi périlleuse. On n’a jamais dit que je fusse dépourvu d’esprit, de jugement, et il faudrait me supposer le plus inepte des hommes pour admettre que j’ai volontairement donné les mains à une imposture si témérairement ourdie. Non, j’ai été la première dupe du général Malet, et j’en suis la misérable victime. »

Interrogé sur sa conduite envers le ministre de la police et envers moi, il donna à entendre que, s’il avait obéi aux instructions de Malet, il nous aurait sacrifiés ; que le désir de nous conserver la vie l’avait principalement décidé à se charger de l’expédition qui était dirigée contre nous. « J’espère, dit-il, en se tournant vers moi, qu’on ne vous a pas maltraité ? » Déjà il m’avait adressé la même question le matin, lorsque, rentrant au ministère avec le duc de Rovigo, je l’avais trouvé en état d’arrestation. Sur un seul fait sa défense ne me parut pas digne du caractère qu’il montrait. Il s’obstina à soutenir, contre l’évidence, qu’il n’avait pas voulu s’emparer des fonctions de ministre de la police. Comme preuve de sa bonne foi et de la crédulité qui seule l’avait entraîné sur les pas de Malet, il déclara que sa visite à l’Hôtel de Ville avait commencé à éveiller ses soupçons. La tranquillité des habitans qu’il avait rencontrés sur son chemin et l’absence de toutes les personnes qu’il s’attendait à trouver réunies, lui avaient semblé tout à fait inexplicables. Il était donc revenu au ministère, ne sachant plus que penser sur ce qui se passait, les plus tristes réflexions s’emparaient de son esprit au moment où l’adjudant Laborde se présenta pour l’arrêter.

Toutes ces déclarations étaient empreintes d’un caractère de vérité qu’on ne pouvait méconnaître ; mais si Malet avait ainsi trompé l’homme auquel il avait donné la mission qui supposait le plus de confiance, que penser des prétendues intelligences dont parle la relation imprimée par M. Lafon ? Est-il possible de croire qu’il ait eu tant de complices dans l’armée et dans tous Les corps de l’état ? Quoi ! il avait tant de monde à sa disposition et il prenait pour principal agent un général prisonnier ! La crainte, le désespoir pouvaient s’emparer de son esprit dès qu’il commencerait à reconnaître la fausseté des faits qu’on lui avait annoncés, des assurances qu’on lui avait données. Malet, de son côté, affirmait qu’il n’avait pas de complices, que seul il avait tout fait et s’était confié pour le succès de son entreprise dans une explosion