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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/244

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LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE.

Ayant monté de 98 à 99 francs dans la première quinzaine du mois d’août, la rente française avait le droit de s’arrêter à ce niveau pendant la seconde quinzaine. Elle l’a dépassé pourtant et s’est élevée jusqu’à 99.40. Puis les incidens d’Aigues-Mortes et les démonstrations antifrançaises en Italie nous ont valu deux mauvaises Bourses pendant lesquelles la rente a reculé jusqu’à 98.80, tandis que certains fonds d’États étrangers comme l’Italien et l’Extérieure baissaient très brusquement de plus d’une unité. La politique n’était pas seule en cause. Le marché de Londres subissait encore l’influence de la crise monétaire américaine ; de fortes quantités d’or, près de 20 millions de dollars en quinze jours, étaient expédiées d’Europe à New-York, la Banque d’Angleterre se croyait obligée d’élever par prudence à 5 pour 100 le taux de son escompte.

Puis la crise américaine s’est calmée, les expéditions d’or se sont arrêtées, la tension monétaire a diminué à Londres et à Berlin, et les cours des valeurs se sont raffermis. La rente 3 pour 100 perpétuelle vaut de nouveau 99.40, les fonds russes et les titres de l’Autriche-Hongrie ont repris faveur à Berlin, l’Italien a été recherché jusqu’à 85 francs, l’Extérieure d’Espagne même aurait pu bénéficier d’une légère reprise si les émeutes de Vittoria et de Saint-Sébastien n’avaient provoqué de nouvelles offres. Les valeurs à revenu variable ont été assez fermes, surtout les françaises.

C’est la question monétaire qui domine en ce moment la situation économique en Europe et aux États-Unis. Le change est à 26 à Lisbonne, à 22 en Espagne, à 11 en Italie, à 4 ou 5 à Vienne.

Selon que les changes montent ou baissent dans les diverses capitales, les valeurs mobilières sont affectées proportionnellement. Ainsi l’Extérieure d’Espagne valait, il y a peu de temps, 66, alors que le change ne dépassait pas 18 ; la prime de l’or ayant atteint 22 pour 100, la rente espagnole a baissé à 62. Le crédit public souffre en effet directement de l’aggravation du change, d’abord à cause de la charge plus forte qu’elle impose pour le paiement des coupons de la dette au dehors, ensuite pour l’indice qu’elle donne d’une accentuation du malaise économique. Les compagnies de chemins de fer subissent la même loi que l’État. La hausse des changes leur inflige des sacrifices