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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/211

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même de l’hypothèse est arbitraire, qu’importent les détails ? et c’est pourquoi de la théorie anthropologique nous passons à la théorie aryenne.

M. Bédier, dans une page spirituelle, a heureusement rappelé les principales raisons qu’on y oppose. « Combien, dit-il, ont contesté à l’école sa théorie de l’âge mythopœique et de la maladie du langage, et ont réduit les conquêtes de la mythologie philologique à trois ou quatre identités stériles, telles que Dyaus=Zeus = Tius ; Varouna= Ouranos ; Sarameya = Hermeias ! .. Combien, depuis M. André Lang jusqu’à M. Gaidoz, ont raillé les dissensions intestines d’une école, où, selon Schwartz, les orages auraient été l’élément mythologique par excellence, tandis que, selon M. Max Müller, le même rôle dans les légendes serait tenu par l’Aurore, ou, d’après un théoricien récent, par le Crépuscule ! .. Combien enfin n’ont voulu voir dans ces mythes solaires, orageux ou crépusculaires, clés à toutes serrures, qu’une sorte de fantasmagorie monotone, qui supposerait que sur les hauts plateaux de l’Asie centrale nos ancêtres n’auraient pas eu d’occupation plus chère que de causer de la pluie et du beau temps ! » Mais, à ce propos, sont-ce bien nos ancêtres ? et sommes-nous descendus des « hauts plateaux de l’Asie centrale ? » J’ai ouï dire qu’on en était moins sûr aujourd’hui qu’autrefois ! On est moins sûr aussi de l’antiquité de la civilisation de l’Inde, et du caractère « primitif » de la mythologie des Védas. Après cela, ni les plaisanteries, ni les contestations n’empêchent la mythologie hindoue, comme aussi bien toutes les mythologies, d’être une expression des rapports que les hommes qui les ont inventées croyaient soutenir avec la nature qui les environnait. Aussi, pour cette raison, trouverais-je M. Bédier bien sévère, peut-être, aux théories de M. Max Müller ; et je persiste à penser qu’en dépit des exagérations qui les ont compromises, elles contiennent toujours une part de vérité. S’il m’est difficile de voir un mythe solaire dans Cendrillon ou dans le Petit Poucet, nous en connaissons d’autres. Les anciennes mythologies renferment plus de sens, elles ont plus de portée que l’on n’affecte de le croire, si d’ailleurs elles ne sont ni une symbolique, ni surtout une « physique, » une « physique amusante ! » Et, aussi bien, comme l’on dit que la fonction crée son organe, ne voyons-nous pas autour de nous, tous les jours encore, le mot, — le Verbe, — créer, lui aussi, son objet, le développer en quelque sorte, et l’organiser ?

Mais c’est contre la théorie qui voit dans l’Inde la patrie naturelle et privilégiée des contes que M. Bédier a cru devoir faire son plus vigoureux effort ; et il a eu raison, si la théorie gêne