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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/207

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comme, après avoir expliqué toutes les langues par le bas-breton ou par l’hébreu, peu s’en fallait qu’on ne les expliquât par le sanscrit, on prétendit donc soumettre aussi les contes à l’universalité de la même explication. La mythologie comparée en offrait un moyen séduisant. De conte en conte, si l’on savait s’y prendre, — ou plutôt de version en version d’un même conte, — ne finissait-on pas en effet toujours par remonter à quelque mythe, « solaire, lunaire, stellaire ou crépusculaire ? » Dans la fable de Psyché, l’épouse coupable d’avoir voulu voir son époux, pour ne pas reconnaître l’Aurore, qui se cache aussitôt qu’apparaît le Soleil, il fallait être aveugle à la clarté de l’astre ! Mais il fallait avoir le caractère mal fait pour ne pas voir dans le Petit Poucet la Nuit semant ses étoiles en son cours ! Et, dans un livre célèbre, M. Max Millier, généralisant la méthode, concluait : « Ces innombrables histoires de princesses et de jeunes filles merveilleusement belles, qui, après avoir été enfermées dans de sombres cachots, — Cendrillon, la Belle au bois dormant, Peau d’âne, — sont invariablement délivrées par un jeune et brillant héros, peuvent toutes être ramenées au printemps affranchi des chaînes de l’hiver ; au soleil qu’un pouvoir libérateur arrache aux ombres de la nuit ; à l’aurore, qui, dégagée des ténèbres, revient de l’Occident lointain ; aux eaux mises en liberté, et qui s’échappent de la prison des nuages. » C’est la théorie qu’on appelle aryenne. Elle ne diffère, comme on le voit, de la précédente que pour être plus générale, mais surtout pour avoir voulu pousser plus avant dans la recherche des origines et dans les profondeurs de la préhistoire. Elle ne refuse pas aux Hindous d’être les inventeurs de la plupart des contes ; elle croit seulement les contes plus anciens que les Hindous eux-mêmes, et contemporains, sous leur plus ancienne forme, de la langue primitive et mère d’où sont sortis le sanscrit, le grec, le latin et généralement les langues dites indo-européennes. On remarquera que cette extension de la théorie purement hindoue a pour elle un grand avantage : c’est de permettre d’expliquer, par la communauté d’origine et de sang, les ressemblances qu’offrent parfois entre elles une légende védique et une légende latine, ou même slave, dont on ne saurait ressaisir les rapports historiques.

Mais, au lieu d’être latins ou slaves à la fois, si la légende et le conte sont en même temps kalmouks ou japonais ? En l’absence de toute filiation ou transmission connue, si l’on constate, comme le fait justement observer une troisième théorie, qu’il est des n Zeus esquimaux » et des « Huitzilopochtlis helléniques ? » si la substance enfin de tel de nos Fabliaux se retrouve dans un conte sérère ou madécasse, que penserons-nous de son origine indienne ?