Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/195

Cette page n’a pas encore été corrigée


Les Fabliaux, études de littérature populaire et d’histoire littéraire du moyen âge, 1 vol. in-8°, par M. Joseph Bédier. Paris, 1893 ; E. Bouillon.


Si l’on commence par poser résolument en principe, ou en fait, que notre littérature du moyen âge, nos Chansons de geste elles-mêmes, nos Fabliaux ou Fableaux, nos Mystères aussi n’ont aucune valeur littéraire, alors, mais seulement alors, il devient aisé de s’entendre ; — et peut-être y a-t-il moyen d’en dire des choses assez intéressantes. A la vérité, c’est une concession que les médiévistes ont longtemps et obstinément refusé de nous faire. Mêlant ensemble, confondant et brouillant deux questions qui, sans doute, ne sont pas nécessairement ni toujours étrangères l’une à l’autre, mais qui ne sont pas non plus nécessairement liées, ils ont longtemps voulu nous imposer, au nom de je ne sais quelle idée de patriotisme, les superstitions mêmes qu’ils ont depuis lors abjurées. En ce temps-là, — je parle de quinze ou vingt ans, — on était de mauvais citoyens si l’on ne voyait pas dans la Chanson de Roland quelque chose de plus grand que l’Iliade, ou de plus divertissant que l’Odyssée ! Laissons aujourd’hui de côté les Mystères… Mais les Fabliaux, en particulier, passaient « pour le plus riche héritage que nous eût légué le vieil esprit français. » Il fallait croire que