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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/181

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forme de revendeur, de marchand à la toilette, de prêteur sur gages. La police le surveille de près, mais elle est souvent impuissante. Les receleurs ont des correspondans en province auxquels ils expédient la marchandise, en se servant le plus souvent de la poste.

Berlin est riche en joueurs de bonneteau, qui exploitent les provinciaux et les badauds, les entraînent dans des restaurans de dernier ordre et leur prennent tout l’argent qu’ils ont sur eux. Cependant, ces pratiques semblent réussir moins fréquemment ; en tout cas, les plaintes sont moins nombreuses.

Les colporteurs, qui vont de maison en maison ou dans les cafés, écoulent de la marchandise d’une nature spéciale, fabriquée dans des manufactures ad hoc, des montres en cuivre doré, par exemple, ou de la fausse bijouterie. Berlin est un centre de fausse monnaie. En moyenne, il y a une dizaine de procès de faux monnayeurs par an. Depuis qu’on a arrêté en 1880 deux lithographes, on n’a plus saisi de faux billets de la Banque d’Allemagne. On rencontre parfois encore de faux billets de l’État, mais depuis l’arrestation de la bande Lomba, il n’en a plus été fabriqué à Berlin. La circulation de la fausse monnaie a diminué depuis 1886.

L’armée du crime ne semble pas avoir fait preuve de grande imagination pour découvrir des procédés nouveaux ; ce sont encore les vieilles manœuvres qui, malgré tous les avertissemens de la presse, réussissent toujours.

Le vol au cautionnement ou au mariage continue à faire de nombreuses victimes. L’introduction du téléphone a cependant permis de commettre des escroqueries. Les annonces dans la presse servent à certains individus peu scrupuleux pour attirer des dupes ou pour offrir leurs services à qui en a besoin ; par exemple, le négociant qui veut faire faillite trouve par là des teneurs de livres qui lui composent une fausse comptabilité bien ordonnée.

Une plaie de Berlin, ce sont les agens d’affaires qui, sous prétexte que les avocats ne peuvent s’occuper que des affaires importantes, font des dupes parmi les petites gens. Ils leur escroquent des sommes plus ou moins considérables, sous prétexte d’acheter la bienveillance du greffier ou des fonctionnaires subalternes du tribunal. Moyennant une somme payée à forfait, quelques-uns de ces agens d’affaires se chargeaient de fournir les preuves du bien fondé de la plainte ou la justesse de la défense ; ils se faisaient donner des renseignemens circonstanciés par leur client et celui-ci était tout étonné, le jour du procès, de voir défiler toute une série de témoins qu’il ne connaissait pas, et qui, avec un sérieux imperturbable, déposaient, sous la foi du serment, de faits qu’ils