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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/155

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d’abord, la première condition est de tout abandonner de ses désirs et de son égoïsme, de devenir humble, doux, de mépriser sa propre douleur, de sentir celle des autres, de réaliser dans son cœur la vie de l’humanité à la place de la sienne propre. Alors on entre dans une période de faiblesse et de désespoir : on s’est vidé de soi-même, et la place reste vide ! Les mauvais esprits viennent tenter de se loger dans cette maison préparée pour le maître. Ah ! les terribles batailles ; les uns en sont morts ; d’autres, vaincus, prennent une puissance inférieure et démoniaque, et durant tout ce temps, on pleure comme un enfant. Attendez ! voici Dieu qui vient par l’intermédiaire du Sympneuma, qui vous met en communication physique avec la nature. La respiration s’accélère, le cœur bat plus vite, un grand voile se déchire, et l’on voit l’humanité, les esprits, Dieu même face à face. L’air est imprégné de paix, une flamme douce y est infuse. On conçoit d’un coup ce qui coûtait auparavant tant de peine à acquérir, on entre en conversation familière avec des êtres supérieurs jusque-là inouïs, dont la fonction est d’amener l’humanité, en projetant en elle leur essence, à l’état supérieur d’une joie qui ne trompe pas, et ne finira point.

« Cette joie, c’est l’amour, tel qu’il est au sein de Dieu. Mais pour l’éprouver d’une façon parfaite, il faut que la nature binaire de l’homme soit reconstituée, qu’il retrouve, en restant mâle, ce fond féminin de lui-même qui doit recevoir la semence divine. Les sexes ont été séparés, mais nous n’en avons pas moins nos moitiés qui parfois sont mortes à la terre, ou encore à naître, ou parfois vivantes. Si elles sont à l’état d’esprits, la sympathie et la joie de l’union chaste s’établissent bien vite, descendent avec le Sympneuma. Si la contre-partie est vivante, on la trouve fatalement, mais il faut se dépouiller avec elle de sa carnalité, il faut qu’elle s’en dépouille. La femme, auteur de la chute, a eu plus à faire pour se relever, mais comme elle a marché vite vers la régénération ! Maintenant sa spiritualité dépasse celle de l’homme, qu’elle doit en effet dominer. Une fois l’union faite de ces âmes dédaigneuses du corps, une ivresse sainte envahit le couple. Lui, l’homme d’auparavant, ne peut plus se cacher à lui-même qu’il est devenu une femme-homme, sentant physiquement ses pensées, pensant ses sensations. Elle, la femme de jadis, est un homme-femme, pleine d’une force immense. Cette vision partielle des choses cachées que son reste de féminité donnait à l’homme et qu’on nommait l’intuition ou le sentiment, elle l’a tout entière et la verse à son époux. Alors, devenus un, à la onzième heure du monde, ineffablement puissans, ils voient les véritables formes des êtres, et leur essence réelle. Tels qu’ils sont, ils ne peuvent plus mourir. Leur naissance n’a été qu’une mort à leur spiritualité