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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/116

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ne dépasse pas 2 mètres de hauteur. Il est très productif, comptant souvent plus de 100 fruits au régime et ces fruits sont d’excellente qualité. Sa culture est très répandue dans les îles de l’Océan-Pacifique, dans l’archipel havaïen surtout, d’où l’on exporte déjà plus de cent mille régimes annuellement sur le marché de San-Francisco.

Il n’est pas, avons-nous dit, de culture vivrière qui, sur une même superficie, fournisse une égale quantité de substance nutritive. On évalue communément à 2,000 kilogrammes de fruits le rendement d’un clos de 100 mètres carrés. Sur le même espace, le froment ne donne que 15 à 20 kilogrammes, et la pomme de terre elle même produit, en poids, quarante-trois fois moins que le bananier. Sa culture est des plus simples et des moins coûteuses, la plante, arrivée à un certain développement, n’exigeant presque aucun soin. Le prix de revient d’un régime, rendu au port d’embarquement, est de 1 franc à 1 fr. 25 ; le prix de vente, en gros, aux Etats-Unis, varie, frais de transport et de commission compris, entre 3 fr. 75 et 5 francs.

Actuellement, le transport des bananes s’effectue par des navires, dits navires à fruits, construits et aménagés d’une façon spéciale. Les machines et les chaudières sont reportées à l’arrière ; ces bâtimens ont, presque tous, double hélice et leur vitesse moyenne est de 14 à 15 nœuds à l’heure. Leur coque est en acier à l’extérieur, en bois à l’intérieur. Entre cette double coque, du poussier de charbon maintient, sous les ardeurs du soleil des tropiques, une température relativement basse. De la poupe à la proue du navire règnent trois ponts superposés dont les planchers à claires-voies permettent à l’air de circuler librement. Ces navires peuvent transporter de 15,000 à 25,000 régimes d’un poids moyen de 30 à U0 kilogrammes. L’arrimage est surveillé par un stevedore, préposé spécialement à cette opération délicate. On compte actuellement quatre-vingt-dix navires affectés à ce genre de transport entre les Bahama et les Grandes Antilles d’une part, et les ports de New-York, Boston, Philadelphie, Baltimore et la Nouvelle-Orléans de l’autre. A cette flotte spéciale, il convient d’ajouter celle de l’Atlas Line, de l’Anchor Line, du Honduras and central American Line, qui prennent une part importante à ce trafic.

Là ne se bornent pas les précautions adoptées pour assurer le transport, en bonnes conditions, de ces produits alimentaires, précautions qui réduisent à 5 pour 100 un déchet qui était de plus de 50 pour 100, il y a peu d’années. A Baracoa, devenu l’un des centres d’exportation, les régimes de bananes arrivaient souvent avariés des plantations d’où on les apportait à dos d’ânes ; le moindre heurt suffit, en effet, pour déterminer une tache noire sur la peau