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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/105

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États autonomes, ne sont déjà plus, pour quelques-unes d’entre elles, que des mots surannés. Les idées que ces mots représentent font place à d’autres, qui se précisent, qui se désassocient des répartitions politiques, et qui répondent à une situation née d’un mouvement économique que nul ne saurait enrayer et dont on ne saurait encore mesurer et limiter la portée.

Né d’hier, ce mouvement économique s’accentue. Tout le seconde et l’incite : le sol, le climat, la colonisation et les productions. Les capitaux seuls faisaient défaut, ils s’offrent aujourd’hui, et l’Américain, qui sait calculer, compter et prévoir, sème l’or que la culture antilienne lui rend avec usure. Sous ce ciel, l’un des plus radieux qui existe, la température oscille entre les deux extrêmes de 21 et 36 degrés. La chaleur et l’humidité développent une végétation exubérante sur ce sol qui est, par excellence, celui des productions tropicales ; ces productions alimentent un commerce d’échanges avec le reste du monde, se chiffrant déjà par un total de 700 millions de francs à l’année et appelé à de bien autres résultats, étant donné le voisinage de l’Europe occidentale, distante de quinze jours au plus.

Partout, au long de ces îles, les côtes, merveilleusement échancrées, offrent des abris sûrs et profonds ; presque partout le sol est fertile, bien arrosé par les pluies, facilement irrigué par des cours d’eau. Des lignes de bateaux à vapeur relient les unes aux autres ces terres coupées par des détroits de faible longueur. Le plus considérable, celui qui s’étend entre la Jamaïque et Cuba, ne mesure pas 200 kilomètres ; le canal du Vent, entre Cuba et Haïti, n’en a que 80.


II

Le voyageur qui, parti d’Europe, fait route vers ces îles de la Méditerranée américaine, relève tout d’abord, au sud-ouest et après quatre jours de navigation, l’archipel des Açores, possession portugaise, terre volcanique à laquelle les cendres et les scories désagrégées par les agens atmosphériques ont constitué un sol d’une grande fertilité. Sur une superficie de 2,388 kilomètres carrés, les Açores possèdent une population de 270,000 habitans. Travailleurs paisibles et de mœurs simples, ils vivent à l’aise, sans industrie, et uniquement adonnés aux travaux agricoles, surtout à la culture de l’oranger dont ils exportent chaque année des millions de fruits en Angleterre. San-Miguel, la plus grande et la plus peuplée des Açores, puisqu’elle renferme 100,000 habitans, est le