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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/101

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avantages qu’une exploitation intelligente est en droit d’en attendre.


I

Entre la pointe méridionale de la Floride et le delta de l’Orénoque, l’Amérique insulaire déploie, en une large courbe de 3,000 kilomètres orientée du nord-ouest au sud-est, sa double traînée d’îles sur la mer des Antilles, mer intérieure, largement ouverte du côté de l’Atlantique, que le détroit de la Floride au nord, le canal du Yucatan au sud relient au golfe du Mexique et que l’Amérique centrale et le Venezuela ferment au sud et à l’ouest. Cette Méditerranée américaine qui, sous le nom de mer des Antilles, des Bahama et des Cayman, baigne les îles des mêmes noms, ne mesure pas moins de 3,017,810 kilomètres carrés, plus que la Méditerranée d’Europe, qui n’en recouvre que 2,500,000. Un long plateau sous-marin la sillonne du nord-ouest au sud-est, formant le double socle sur lequel reposent les îles Bahama ou Lucayes au nord, les Grandes et les Petites Antilles au sud. Si, à la superficie de la mer des Antilles, l’on ajoute celle du golfe du Mexique qui en forme le prolongement occidental, on obtient une nappe d’eau de 4,554,138 kilomètres carrés, dont la thalassographie est l’une des mieux connues de notre globe. On en a dessiné les passes, étudié la flore marine, déterminé la température, sondé les profondeurs ; on a dressé la carte du relief orographique de la cuvette, mesuré les abîmes qui, comme celui de la « Fosse de Bartlett, » se creusent brusquement à 6,269 mètres au sud de l’île du grand Cayman, comme celui de la « Fosse du Yucatan » s’allongeant en une longue dépression de 4,500 mètres. On a relevé les contours des bancs de Rosalina, de Pedro, des Mosquitos, qui s’étendent depuis la pointe de la Jamaïque jusqu’à celle de Gracias a Dios, entre le Honduras et le Venezuela, de même que l’on a constaté, au nord de Porto-Rico, l’existence d’un gouffre de 8,431 mètres de profondeur.

De redoutables coups de vent auxquels les marins, empruntant aux Caraïbes le mot hurakan par lequel ils les désignent, ont donné le nom d’ouragans, soulèvent de temps à autre, mais surtout de juillet à octobre, les flots de la Méditerranée américaine. Ces ouragans sont dus aux vents de la région polaire, qui, s’engouflrant dans la longue vallée du Mississipi, déplacent d’énormes masses d’air et les entraînent dans ce bassin surchauffé, pôle de chaleur qui appelle à lui les couches froides du nord, vers lequel remonte