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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/100

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tard venues qu’elles soient, elles révèlent ce qu’elles seront avant peu ; leur rôle commence, il s’annonce important.

Elles représentent un facteur nouveau dans l’ordre des productions ; non plus seulement le sucre et le café dont elles ont longtemps approvisionné l’Europe, mais les produits tropicaux dont elles détiennent le monopole et dont la consommation est destinée à prendre un essor que l’on ne soupçonnait guère. Il y a là toute une évolution en germe, évolution salutaire et féconde. Le jour est proche où les Bermudes seront converties en champs de fleurs et en vergers, où les fruits des tropiques seront, en Europe, à la portée de tous, où les ananas d’Eleuthéra, les bananes de Baracoa et des Antilles, l’avocat, le Persea gratissima, des Petites Antilles, la pomme cythère, la mangue, la goyave, la cherimoya de la Nouvelle-Providence figureront sur toutes les tables, modifiant et variant l’alimentation de toutes les classes, y introduisant un luxe nouveau, des articles de consommation aussi salubres et souvent plus nutritifs que nos fruits d’Europe. L’expérience en a été faite aux États-Unis ; avec quels résultats, on le verra.

Il y a là aussi tout un commerce naissant, plein d’avenir, en apparence illimité, dont nous ne pouvons ni ne devons nous désintéresser. Il débute à peine et il a déjà converti de pauvres mercantis espagnols en millionnaires ; il a déjà doublé, triplé et quintuplé la valeur des terres aux Bahama et à Baracoa, décuplé leur rendement. Dans ce champ qui s’ouvre à l’activité européenne, dans cette évolution économique, la France a un rôle à jouer, une place à prendre. Nos cultivateurs et nos horticulteurs sont nombreux, capables et intelligens, nos capitalistes sont hardis et nos armateurs entreprenans. Ils peuvent faire ce que font les Américains qui leur montrent la route, qui s’enrichissent en créant des vergers dans ces îles, en construisant pour le transport de ces produits alimentaires des vapeurs rapides, spécialement aménagés et qui cependant n’arrivent pas encore à faire face aux demandes chaque jour croissantes des consommateurs de New-York, de Boston, de Philadelphie, de Baltimore et de Chicago.

L’Europe est un bien autre marché, bien autrement peuplé et rémunérateur que ne le sont encore les États-Unis. Ce marché est à conquérir et à exploiter et, de par sa position géographique, la France a tous droits d’y prétendre. Pareille question vaut d’être examinée et les résultats obtenus par les Américains montreront ce qu’il serait possible et loisible de tenter ; l’étude de ces terres, de leur sol, de leur climat, de leurs productions naturelles et de la population qui les habite mettra en relief les ressources qu’elles offrent, les cultures nouvelles auxquelles elles sont aptes et les