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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/959

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Surrey où il possède un cottage, et en toute ville ou comté dans lesquels il est propriétaire.

Depuis quelque temps déjà la réforme de ce droit de suffrage multiple est à l’ordre du jour du parti démocrate, mais elle a les plus grandes chances d’être repoussée par les pairs. Une dissolution survenant à la suite du rejet par les « nobles lords, » de plusieurs bills à eux envoyés par les « fidèles communes » d’Angleterre, aurait le caractère d’un appel au pays contre l’obstruction de la chambre haute. Ce serait, non pas l’existence peut-être, mais à tout le moins une réforme radicale de la pairie britannique qui servirait de terrain de combat ; et, comme cette réforme s’impose, comme les membres distingués de la chambre haute en sentent eux-mêmes l’impérieux besoin, pour se débarrasser des collègues indignes, auxquels leur naissance ne saurait donner ni la capacité, ni même parfois l’honorabilité qui leur manque, ainsi qu’on l’a vu dans des procès récens, M. Gladstone serait presque sûr de la victoire.

Il aurait aussi, pour vaincre l’obstination de l’aristocratie, le moyen classique de la nomination d’une fournée de pairs, auquel ses prédécesseurs ont eu plus d’une fois recours. En général, quand les lords sont ainsi menacés d’une adjonction en masse de nouveaux barons et qu’ils savent le souverain décidé à signer la liste, ils cèdent. Mais est-il vraisemblable, étant données les relations tendues du premier ministre avec la reine, que celle-ci consente à se prêter à cette mesure extrême avant une nouvelle dissolution ? Il faut compter ainsi, quelle que soit la procédure employée pour faire aboutir le home-rule, sur beaucoup de lenteur et sur beaucoup d’aléas. Un doute subsiste aussi, ou plutôt un mystère : jusqu’à quel point M. Gladstone tient-il personnellement à voir réussir le projet en discussion ? Personne ne peut le savoir. Sa campagne, loyalement menée, n’a-t-elle d’autre but que de satisfaire les alliés irlandais, indispensables à sa majorité ? Ou bien est-elle le résultat de la conviction intime d’un grand homme politique qui veut, avant de mourir, doter sa patrie d’une loi de pacification intérieure ? Quelles que soient en effet la santé superbe et la merveilleuse activité de M. Gladstone, on ne peut oublier son âge avancé sur lequel spécule ouvertement le parti unioniste. Il est difficile, à quatre-vingt-quatre ans, de s’approprier avec succès le mot de Mazarin : « Le temps et moi. »

Pour être moins grave que le séparatisme irlandais ne l’est en Angleterre, la campagne autonomiste poursuivie depuis quelques années par la Bohême est cependant inquiétante pour l’Autriche. À Prague, malgré les négociations entamées le mois dernier entre les jeunes-Tchèques et les démocrates socialistes, il règne encore, dans toutes les classes de la population, un loyalisme, un attachement à la dynastie que l’on est loin d’avoir à Dublin. Les ministres de sa majesté apos-