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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/721

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noncer, avec l’approbation de ses collègues, cette phrase typique : « Si la Russie tient à avoir un port dans le nord de la Norvège, pourquoi ne le lui céderions-nous pas ? »

Le moment n’est pas venu d’envisager l’éventualité d’une semblable annexion, qui, nous le savons, sourirait beaucoup au grand état-major moscovite, et dont on s’est préoccupé déjà plusieurs fois à Saint-Pétersbourg. Aussi bien tout porte-t-il à croire qu’elle n’est pas près de se réaliser, et que le pacte Scandinave de 1815, qui intéresse à un haut degré l’équilibre européen, et qui a donné à la Norvège comme à la Suède quatre-vingts ans de paix et de prospérité, n’est pas à la veille de se rompre.

Le ministère Stang se propose, aux premières élections, qui ne pourront avoir lieu qu’à l’automne de 1894, de prendre audacieusement comme plate-forme le maintien ou la dissolution de l’union. Il sait qu’aucune concession ne désarmera des adversaires qui l’ont invité, la semaine dernière, à prendre l’ordre du jour voté contre lui « comme un revolver pour se suicider ; » il sait qu’une satisfaction sur le chapitre des consulats, que la nomination même d’un ministre des affaires étrangères, alternativement Suédois et Norvégien, et la communication à la chambre norvégienne des documens diplomatiques, sont de petits palliatifs à une situation que des séparatistes républicains ont créée, et qu’il vaut mieux poser au peuple norvégien une question claire et précise. Il espère que, dans ces conditions, une majorité se prononcera pour le maintien de l’union actuelle, d’autant plus qu’il ne s’agira que d’un déplacement de 6 ou 7 voix. Jusque-là, il s’efforcera de vivre en paix et de gérer les affaires courantes, ce qui lui sera d’autant plus aisé, pensons-nous, que les radicaux norvégiens n’iront pas jusqu’à un refus positif des deux budgets qu’ils ont encore à voter.

Ce n’est pas seulement en Scandinavie que l’union, sous une même couronne, de nations distinctes, pour ne pas dire hostiles, suscite des dilfîcultés constantes. La Hongrie, qui inaugurait solennellement la semaine dernière le monument des honveds, morts en 1849, pendant le siège de la citadelle de Bude, que défendaient les troupes impériales, prétendait faire jouer au gouvernement de l’empereur-roi, acclamé quelques jours avant dans la capitale par des Eljen bien nourris, le rôle du guillotiné par persuasion. L’extrême gauche nationaliste exigeait que les personnages officiels et les honveds d’aujourd’hui, c’est-à-dire une portion de l’armée régulière, défilassent en uniforme devant le monument élevé aux héros de l’indépendance. Ces héros, l’Autriche ne peut les admirer sans réserve, puisqu’en 1848 elle faisait pendre à Vienne, en effigie, les chefs du mouvement, parmi lesquels le comte Andrassy.

Pour tout concilier, le ministère proposa de rendre les mêmes honneurs au monument du général Henzi, le défenseur de la forteresse,