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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/713

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adversaires, mais gardons-nous de leur confier les postes de combat. » M. SpuUer, aux fêtes agricoles de Mirebeau, ajoutait un trait de plus à la même pensée en disant : « Je n’ai jamais demandé que les conservateurs devinssent des nôtres ; j’ai simplement demandé, et je le désire encore, que nous devenions nos propres conservateurs. »

Les ralliés, que M. le président du conseil, dans son discours de Toulouse, a récemment appelés les « résignés, » ont le sort de la mission Maistre en Afrique, qui, « faute de marchandises d’échange, » dut faire de longs détours et livrer de nombreux combats aux sauvages, avant de pouvoir pénétrer dans l’Adamaoua. Les « marchandises d’échange, » pour M. Piou et ses amis, ce sont les électeurs, ce sont les collèges dont ils pourraient disposer, et qui leur permettraient de faire des conditions. Or, M. le ministre de l’intérieur, qui se déclare en mesure de le savoir, affirme qu’ils ne disposent d’aucune circonscription, que « le secret de la conversion de ces généraux, c’est qu’ils n’ont plus de soldats, » que leurs troupes se sont fondues dans l’immense armée républicaine.

Voilà ce qui n’est pas démontré. Il est fort possible que les ralliés soient au contraire battus dans quelques départemens par de simples réactionnaires ; et lors même que leurs électeurs, comme il faut l’admettre, sont passés avec armes et bagages à la république, on peut supposer que ces populations conservatrices du matin, devenues républicaines le soir, ne sont pas allées d’un extrême à l’autre, mais qu’elles représentent, dans la majorité officielle, une nuance extrêmement tendre. Par conséquent, il serait plus politique peut-être de laisser à ces électeurs des chefs qu’ils connaissent, et dout le ministère aurait tiré des engagemens formels, plutôt que de prétendre leur imposer des guides nouveaux.

Ces ralliés que l’on encourage si peu à gauche sont, ils devaient s’y attendre, conspués à droite, accablés des récriminations et des critiques de leurs anciens amis. Si l’union conservatrice est morte en effet, si son ex-président, M. de Mackau, en a conduit le deuil au dernier automne, dans un banquet rural, les « anciens partis, » comme on disait sous l’empire, entendent ne pas mourir tout entiers. Le programme du plébiscite et de l’élection directe du chef de l’État par le suffrage universel sert d’asile à quelques députés errans, qu’aucun des groupes actuels n’a jusqu’ici tenté. Le pur parti royaliste paraît renoncer à la tactique qui consistait à ne pas manifester tout haut ses secrètes ambitions, se figurant qu’ainsi ses adversaires ne les soupçonneraient aucunement et que ses amis interpréteraient assez son silence. Cette fois, il compte aller au combat le visage découvert. En attendant, il organise des bureaux, provoque des réunions et envoie à son chef des adresses dont plus de soixante ans d’efforts malheureux n’ont pas altéré le ton de sereine confiance.