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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/708

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Les Pêcheurs de perles, premier opéra de Bizet, furent représentés en 1863. Le premier acte est agréable presque tout entier ; le second renferme une chanson exquise. Le reste a vieilli, sans peut-être avoir jamais été très jeune, très personnel surtout. Mais en plus d’une page demeure un charme harmonieux, comme au fond d’une frêle coquille, sous la nacre pâlie, quelque chose survit toujours du secret des vagues et de l’âme chantante des flots.

Oui, c’est bien l’âme de la mer, de la mer orientale, tiède et claire, qui respire et qui soupire ici : dans le finale du premier acte, dans la sérénade de Nadir, dans ces deux ou trois marines sonores qui peuvent se détacher de la très inégale partition. Pour aimer des Pêcheurs de perles ce qu’ils ont de vraiment aimable, négligez les personnages pour écouter les choses : elles seules vivent, chantent, et du livret même la meilleure scène est un paysage seulement.

Chaque année, avant que les pêcheurs de Ceylan partent pour la pêche des perles, les plus anciens d’entre eux vont chercher une vierge étrangère ; ils l’amènent silencieuse et voilée, et dès que les barques ont quitté le rivage, aussitôt que le soir tombe, des fanaux s’allument au bord de la mer, la jeune fille monte sur un rocher, et, laissant tomber ses voiles, elle chante, elle prie. Aux divinités des airs et des eaux, aux génies de l’un et de l’autre azur, elle recommande les jeunes hommes ; et les vents retiennent leur haleine, et les étoiles sourient propices, et les flots sans colère se laissent dérober leurs trésors par les plongeurs pardonnes.

Tel est le « motif, » moins dramatique que pittoresque, dont le compositeur a tiré le plus heureux parti. Toute la scène, depuis l’arrivée de la jeune fille jusqu’à sa nocturne prière, a de la couleur et de la poésie : poésie sereine et rêveuse, couleur transparente avec des reflets bleus. D’abord, un chœur gracieux de bienvenue, où se mêlent aux voix des tintemens d’argent et de cristal, accueille la prêtresse voilée. Le chef de la tribu reçoit son serment, trois fois renouvelé sur des notes très douces et un peu craintives. Puis le soir vient et les pêcheurs s’en vont. On les entend au loin psalmodier : Le ciel est bleu, la mer est immobile et claire ; avec quelques notes de harpe, leur mélopée expire sur les eaux. Alors, devant le temple, au sommet du rocher, paraît leur blanche protectrice. Elle invoque les dieux et les étoiles d’or, et son incantation s’élève d’abord impassible, hiératique, droite comme la fumée des parfums. Mais bientôt lasse des liturgies austères et d’une oraison trop grave pour sa jeunesse, voici que la chanteuse sacrée change d’accent. L’hymne sacerdotal s’amollit, se fond en nocturne, en barcarolle, et la vierge s’abandonne au charme de cette belle nuit où se joue sa belle voix. Elle se joue véritablement, la voix de la douce gardienne, en charmans détours,