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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/660

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REVUE DES DEUX MONDES.

et voulant être exact, il ajoute aussitôt que la roue de devant du léger chariot qui porte l’appareil n’a cependant pas quitté le sol. Il est vrai que cette roue ne supporte qu’une faible fraction du poids. M. Hiram Maxim, le savant et habile électricien, le célèbre inventeur et de la télégraphie en caractères chinois et de cette terrible mitrailleuse, qui, sous la main d’un seul canonnier, tire six cents coups à la minute avec une implacable précision, passe à bon droit pour l’un des spécimens les plus remarquables du génie inventif de sa race. Il consacre à étudier l’aéroplane une partie de la fortune qu’il doit à ses autres inventions. Retiré, — momentanément, — dans son domaine de Bexley, dans le Kent, il y poursuit une série d’expériences tendant au même but que celles de M. Langley.’Mais tant par les grandes dimensions des aéroplanes, que par l’importance des poids soulevés et l’ampleur des moyens d’action, les expériences de Bexley apparaissent comme une grandiose amplification de celles de l’Institut Smithsonien.

Le premier résultat vérifié est que la puissance mécanique nécessaire pour entretenir le mouvement horizontal d’un aéroplane convenablement incliné est d’autant moindre que la vitesse est plus grande. Fait remarquable, mais qui était déjà connu : un mathématicien français l’avait, au congrès de 1889, déduit de ses calculs sur le vol des oiseaux planeurs. Et, dès 1875, dans un mémoire sur la locomotion aérienne, présenté à la Société des ingénieurs civils[1], on pouvait lire : — « Moyennant que l’angle d’un aéroplane soit maintenu au minimum nécessaire pour porter son poids, le travail de translation diminue à mesure que la vitesse augmente. » — C’est là sans doute la principale supériorité, et elle est capitale, que pourrait avoir l’aéroplane sur le ballon dirigeable, car pour celui-ci, au contraire, la résistance croît très rapidement quand la vitesse augmente.

Mais le principe vérifié, M. Langley et M. Hiram Maxim ont entrepris d’en mesurer la portée. Ils n’ont encore opéré que sur des plans de petite dimensionj Ceux de M. Langley n’avaient que 0m, 45 de long sur 0m, 10 de large, quelque chose comme une lame de jalousie : — « Si, dit-il, en concluant, des plans de plus grande dimension jouissent des mêmes propriétés que ceux-ci, il résulterait de mes expériences qu’il faudrait moins d’un cheval-vapeur pour soutenir un poids de 50 kilogrammes et l’entraîner horizontalement à une vitesse de 60 kilomètres à l’heure. »

La prudente réserve du professeur de Washington, M. Hiram Maxim, avec sa fougue d’inventeur, ne la partage pas. Le fait est,

  1. Société des ingénieurs civils, Mémoires et comptes-rendus, année 1875, p. 105, — Recherches sur la navigation aérienne, par M. Duroy de Bruignac.