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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/658

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REVUE DES DEUX MONDES.

un jour en présence du congrès des aviateurs. Nous en dirons autant des gracieux petits modèles, exhibés en 1891 par M. Pichancourt et dont les ailes légères, semblables à celles d’un papillon, sont mises en mouvement par la torsion de cordons de caoutchouc, habilement dissimulés dans un tube qui figure le corps de la bestiole. Livré à lui-même, l’appareil vole droit devant lui, et franchit en cinq ou six secondes une distance de 20 à 25 mètres. C’est tout ce qu’il peut faire, et api es calcul, on constate que le travail absorbé dans cette courte excursion est supérieur à la capacité de tout moteur connu.

Les machines de M. Lawrence Hargrave, en Angleterre, également mises, en mouvement au moyen de bandes élastiques, sont plus grandes et, paraît-il, font plus de chemin. Mais elles n’échappent pas à la même critique que les appareils des inventeurs français : excès de lorce pour un mince résultat.

M. Trouvé, qui s’est fait connaître depuis longtemps en électricité par d’ingénieuses combinaisons, marques certaines d’une âme d’inventeur, a présenté à l’Académie des Sciences, dans le courant de 1891, un dispositif très original d’appareil volant, où le mouvement des ailes est produit par les contractions et les expansions successives d’un tube métallique, enroulé à la façon de celui qui constitue le baromètre Bourdon. Un petit moteur électrique, comme M. Trouvé seul était capable d’en construire, détermine par des explosions réitérées ces mouvemens alternatifs du tube. Il actionne en même temps une sorte de queue, qui sert à la fois de sustenteur, de propulstur et de gouvernail. Cet appareil, d’aspect bizarre, et qui rappelle certaines bêtes de la magie, a pu, dit-on, d’un vol régulier, iranchir un espace de 80 à 90 mètres. Mais là encore l’effort est en disproportion avec le poids. Ce n’est, il est vrai, qu’un premier essai, et M. Trouvé est singuhèrement habile et persévérant.

Mais, fragile esquif de l’air, l’oiseau n’agite pas continuellement ses ailes. Il ne rame pas toujours. Quelquefois, légèrement incliné sur l’horizon, il présente au vent l’étalage de ses pennes étendues, comme ferait le nautonier de sa voile : souvent aussi, les ailes éployées, sans mouvement apparent, il s’appuie sur l’air, et comme porté par le souffle d’Éole, il glisse sur la masse fluide en défiant l’attraction de la pesanteur ; il plane. Si le problème de la reproduction mécanique du vol ramé paraît se heurter à des difficultés jusqu’ici insurmontées, celui qui s’inspire de l’imitation du vol à voile et du vol plané paraît plus abordable. C’est aux partisans de l’aéroplane qu’est dévolu le soin d’en poursuivre l’étude, et ils s’y sont mis avec ardeur.