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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/472

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les mines, repoussé l’année dernière à pareille époque, passait en première lecture, après une adhésion mélancolique de M. Gladstone. Il semble qu’après quelques douzaines de siècles d’existence, l’humanité, — j’entends cette fraction particulièrement civilisée de l’humanité à laquelle nous appartenons, — se soit tout à coup aperçue que les biens et les maux, dans l’ordre matériel, n’étaient pas équitablement répartis entre les individus et qu’une révision du partage naturel s’impose. Ce XIXe siècle qui, dans l’histoire, aura l’éternel honneur d’avoir procuré au plus humble des citoyens le pain blanc et le bulletin de vote, voudrait, avant de finir, faire davantage. Et, s’il est vrai que les hommes valent presque autant par les choses qu’ils entreprennent que par celles où ils réussissent, c’est déjà beaucoup, pour nos contemporains, d’avoir fait ce rêve admirable sinon d’appauvrir les riches, par voie législative, du moins d’enrichir un peu les pauvres. Loin de regretter la naissance de cette noble illusion, si peut-être c’en était une, notre temps peut s’enorgueillir à bon droit de l’avoir caressée. L’écueil, ce serait évidemment d’appauvrir à la fois, par des mesures intempestives, les pauvres et les riches, et les premiers plus encore que les seconds. C’est ce qui arriverait si, par exemple, comme le disait la semaine dernière M. le ministre des affaires étrangères, sous prétexte de protéger le travail national, on paralysait plus ou moins l’entrée en France des ouvriers étrangers, sans lesquels nous ne pourrions repiquer nos betteraves et récolter nos céréales. C’est encore ce qui arriverait si, par la création d’une « banque de crédit agricole et populaire, » qui n’existe pas encore, mais à laquelle avant sa naissance la chambre a cru devoir prêter une cinquantaine de millions, dont la Banque de France sera invitée à faire l’offre gracieuse, on leurrait le paysan et l’ouvrier de l’appât d’un crédit dangereux.

En ce qui concerne les classes populaires, on ne peut leur reprocher de se bercer d’illusions, en France surtout, puisque jusqu’ici les preneurs des théories socialistes n’ont rencontré auprès d’elles qu’un médiocre succès, et que, dans une question où l’on se flattait de les entraîner, celle de la limitation de la journée de travail, elles ont laissé passer avec indifférence la fête qui avait soi-disant pour objet d’en hâter l’avènement légal. On ne peut, en effet, attribuer au gouvernement seul, aux mesures de précaution qu’il avait prises, le discrédit où ce 1er mai est si rapidement tombé dans l’opinion ouvrière ; les précédens sont là pour prouver que des troupes consignées dans des casernes, et des sergens de ville postés aux coins des rues, ne garantissent pas d’une manifestation sérieuse, et qu’il faut en pareil cas en venir aux mains ; c’est ici le bon sens des populations urbaines qui a lassé l’ardeur des politiciens voués, par carrière, à les exploiter :

La publication de quelques numéros spécimens de journaux