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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/441

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affirmative, car il sait que l’ecclésiastique n’aura pour lui que de douces paroles ; c’est lui qu’il chargera de transmettre à sa mère, à ses enfans une pensée de tendresse ; mais surtout, devant lui, il pourra pleurer, pleurer et gémir comme un petit enfant ! Tout à l’heure, devant les autres, il va falloir se raidir et marcher sans faiblesse.

Le vénérable père David reste seul avec le condamné, mais le règlement ne permet pas, — en dépit des réclamations du courageux missionnaire, — que la porte soit refermée derrière lui. Des surveillans se tiennent à quelque distance de façon à ne point troubler la suprême conversation du prêtre et du forçat, mais à pouvoir prêter main-forte, en cas de besoin.

Bientôt, on vient avertir l’aumônier qu’il doit céder sa place au bourreau ; il se retire les joues aussi blanches que ses cheveux, mais avec, parfois dans le regard, quelque chose qui ressemble à de la joie. A-t-il gagné sa cause ? Peut-être ?

Le condamné a repris son calme apparent ; il n’oppose aucune résistance à son odieux camarade qui lui attache les mains derrière le dos et lui met des entraves aux jambes, de façon qu’il puisse marcher, mais à petits pas.

Le col de sa chemise est largement échancré jusqu’aux épaules.

Le voyageur est prêt à partir pour son terrible voyage !

Pendant que tout ceci se passe au fond de la cellule, la grande cour a changé de physionomie.

La porte du mur d’enceinte s’est ouverte. Le directeur de la transportation est entré, accompagné de quelques fonctionnaires, magistrats, chefs de service, médecins, etc., dont les règlemens exigent la présence.

Pas un invité : personne, sous aucun prétexte, n’est autorisé à prendre place dans la chaloupe officielle et défense est faite aux embarcations de s’approcher du warf.

Ils se placent à gauche ; près du terre-plein faisant suite à ce groupe, une trentaine de surveillans se tiennent l’arme au pied.

Quelques instans après, une compagnie d’infanterie, commandée par un chef de bataillon et un capitaine, vient se former sur la droite, adossée au monticule.

Dès que les soldats ont pris possession de leur poste, on entend la sourde rumeur d’une foule qui se rapproche, étrangement mêlée à un bruit de chaînes traînées et entrechoquées : ce sont les forçats qu’on amène sur le lieu de l’exécution. Ils arrivent en colonne serrée, font « demi-tour à gauche » et se trouvent en face de la guillotine. Un commandement retentit ; soldats et surveillans chargent leurs armes, et les fusils s’abaissent. Voilà, certes, pour ces hommes qui, dans un instant, regarderont mourir un des leurs, la