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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/440

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est un vaste terrain en forme de rectangle allongé, qui sépare deux bâtimens massifs et sans fenêtres, affectés au logement des condamnés de dernière classe.

Cette espèce de cour est dominée, au sud, par le quartier cellulaire situé sur un monticule qui s’élève presque à pic, et auquel on accède par un chemin en lacet. En lace, le mur d’enceinte percé d’une large et lourde porte de fer, gardée par deux factionnaires. Tel est le décor ; voici le drame.

Dès que les cases ont été fermées, on a disposé la guillotine sur quatre grosses pierres de taille enfoncées dans le sol, un peu en arrière du centre de la cour, au bas de la porte qui conduit aux prisons.

Le couteau triangulaire, chargé de plomb, a été tiré de sa gaine et placé en haut de la glissière. Dès que le bourreau et ses trois aides ont donné le dernier coup de maillet, un gardien les réintègre dans le local où ils couchent habituellement côte à côte avec leur funèbre machine.

Quels rêves leur donnera-t-elle demain soir ? Tout semble retombé dans le repos. Il fait une de ces nuits tropicales, tièdes, lumineuses, trouées d’étoiles scintillantes.

La guillotine est là toute seule, sur le sable blanc que la lune éclaire, l’ombre portée de ses montans leur donne l’aspect de bras immenses.

Trois heures sonnent. Quelques hommes précédés par un falot traversent la cour d’un pas rapide et se dirigent vers les prisons : c’est le commandant accompagné de l’aumônier, du commissaire de police et de deux ou trois surveillans. Ils pénètrent dans la maison cellulaire, traversent préaux et couloirs et arrivent devant la grille qui ferme la galerie sur laquelle donnent les cachots réservés aux condamnés à mort.

A peine la clé a-t-elle touché la serrure qu’un mouvement se produit d’un bout à l’autre du couloir : les condamnés ont entendu. Brusquement, ils se sont dressés sur leur lit de camp, et, haletans, l’oreille tendue, la sueur au front, attendent. Quelle porte va s’ouvrir ?

L’angoisse qui les secoue ne dure pas longtemps ; on ouvre un cadenas ; on tire une barre de fer ; le commandant est entré dans l’une des cellules.

Le misérable qui l’occupe pâlit affreusement ; il a compris que c’est pour ce matin.

Pour la forme, on le lui annonce ; puis on lui demande s’il désire s’entretenir avec l’aumônier. Presque toujours la réponse est