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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/428

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I. LE RÉGIME DES FORÇATS EN NOUVELLE-CALÉDONIE.


Les récits de voyages ont eu, depuis dix ans, d’incontestables succès de librairie. Grâce à ces innombrables volumes de tous formats et de toutes couleurs, les traversées de Marseille à Yokohama, et de Bordeaux à Aspinwall, sont aussi connues que le trajet de Paris à Auteuil par « l’Ouest-Ceinture. » Un homme qui revient des antipodes n’excite pas plus la curiosité que s’il descendait de l’omnibus, et il n’est point désormais de concierge dans la rue Saint-Denis qui ne sache sur le bout du doigt, — quand même il n’aurait pas lu Pierre Loti, — parler marin comme un vieux corsaire.

Aussi ne vous infligerai-je pas le cruel supplice, dont je serais d’ailleurs la première victime, de vous raconter quand, comment et pourquoi je suis allé visiter la Nouvelle-Calédonie.

Soyez sans crainte : je ne citerai pas même le nom du navire qui a eu l’honneur de m’emporter ; je me garderai de vous initier à mes impressions personnelles en face des îles Seychelles et de leurs cocotiers, de Maurice et de ses multiples tombeaux de Paul et Virginie ; je ne soufflerai mot des Somalis, bien qu’ils soient plus curieux que les Caraïbes, et, quant aux Australiens, je me bornerai à leur tirer respectueusement mon chapeau, bien qu’ils se montrent, en général, peu sensibles à ce genre de démonstration.

Nous voici donc, si vous le voulez bien, au milieu de l’Océan-Pacifique, entre les 161° et 164e degrés de longitude est, et les